mercredi 7 mai 2008

La Butte Rouge

Ah, Paris la Belle, Paris la plus surprenante des femmes. Tantôt mondaine, tantôt putain. Sensuelle et vulgaire, bourgeoise et miséreuse. Femme fidèle et douce. Femme mystérieuse qui s'offre à l'inconnue avec l'ardeur d'une pucelle. Paris, je suis ta maîtresse féline, je longe tes courbes, flatte tes ponts et te suis toute soumise.

Oui, un peu de parisianisme ne fait de mal à personne. Alors, je profite.

Il y a dans Paris quelques quartiers qui me tiennent particulièrement à cœur. Quelques petits coins de paradis que j'ai appris à apprivoiser à force d'insistance.

Ce soir, je vais vous parler du 18ème, où j'ai laissé mes tripes pour offrir mon cœur. D'où Kanou m'a arrachée non sans mal et pour mon plus grand bien.

Le 18ème se dessine en 4 gros quartiers : La Goutte d'or et ses effluves d'épices qui se mélangent aux senteurs des fruits noirs et malodorants, La Mairie, quartier du commerce, des quatre saisons et de mes amis les chats, Montmartre et ses allures de village de Provence, ses rues torturées et ses immeubles qui semblent vouloir imiter la Tour de Pise, le quartier Caulaincourt et Grandes carrières, noyé sous immeubles de bonnes familles et ses étranges surprises.

Suivez la guide et n'oubliez pas le petit commentaire à la fin.

La Goutte d'or :
Si l'or est son précieux métal, c'est parce qu'à lui seul ce bout de ville est le coeur de Paris. Vous apprécierez le marché Dejean et ses poissons dont vous ignoriez jusque là même le nom. Vous aimerez, j'en suis sure, le triangle des Bermudes, qui sur une placette, réunit une synagogue, une mosquée et une église. Vous marcherez sur le boulevard Barbès et caresserez cette frontière en savourant le trottoir de droite et celui de gauche. J'habitais au bout de celui de droite, le côté maudit, celui du crack et des magasins afro. Vous avez déjà bu du rhum à 60° ? Non ? Moi si.
C'est aussi là que j'ai rencontré Aboubacar qui a réveillé ma conscience politique et Olivier, le poupon du PPF (paysage politique français).

La Mairie :
Des familles, des enfants, des écoles, une église et un marché. L'église où se sont mariés Piaf et Cerdan. Promenez vous un peu dans le marché du Poteau, vous irez ensuite vers la rue du Mont Cenis et vous donnerez tout son sens au mot "pente". Là, sur votre droite, un minuscule donjon, avec son toit tout pointu habillé de tuiles gris-bleues. C'est une boîte de nuit, qui justement s'appelle le donjon, mais je ne sais pas si je dois vous la conseiller. Je dois quand même vous le dire, c'est une boîte S.M.

Caulaincourt/Grandes carrières :
Vous êtes partis de la Goutte d'Or et si vous avez suivi ma route, vous êtes maintenant Rue Custine. Remontez sur votre droite pour gagner la Rue Caulaincourt. Là, vous êtes dans un amphi d'histoire de l'Art et on vous enseigne le fleuron de l'architecture haussmanienne, du dit Baron. Pierres de Taille, parquet, moulures, cheminées. Si vous le pouvez, faîtes le la nuit et allez-y, faîtes vous plaisir, matez chez les gens, tout le monde le fait. Le 18ème, il est comme ça : les rues en pente sont très en pente, les coins sombres sont très sombre, ce qui est glauque devient glauquissime et les hauteurs sous plafonds sont très impressionnantes.
Enfin, vous prendrez à gauche et arpenterez l'Avenue Junot. N'oubliez pas de tourner à droite dans la Villa Léandre, au fond à droite, la maison bleue. La maison de mes rêves, celle que je veux mienne depuis l'âge de 14 ans. Imaginez que si vous posez votre derrière dans votre jardin pour boire votre café du matin, votre nez touche la pointe des invalides. Le petit côté Notting Hill ne vous échappera pas et vous serez séduits.

Montmartre :
En Frison Roche urbain aguerri, vous attaquez la face nord de la butte. Tiens, le buste de Dalida sur la gauche. Non, ne partez pas tout de suite vers la Place du Tertre, vous allez tout gâcher. Revenez à droite et faites un petit détour par la Rue d'Orchampt, en traversant la Rue Lepic (où on bouffe du riz cantonais). Sur votre gauche la statue du Passe muraille, place Marcel Aymé, sculptée par les mains de Jean Marais. Sur votre droite le moulin de la Galette, vous échappez peut-être au musée d'Orsay (que j'adore) mais vous avez l'original. Dans le virage de la Rue d'Orchampt, la maison de Dalida vous autorise aussi un coup d'œil voyeur. Au bout de la rue, prenez à droite pour un pélerinage obligatoire au Bateau Lavoir, haut lieu de talent, où ont séjourné Modigliani, Radiguet, Cocteau, Apollinaire, Jarry, Matisse et tant d'autres. Prenez ensuite sur votre gauche et après avoir découvert l'immeuble où vivait Picasso, suivez les traces d'Amélie Poulain, l'épicerie est à gauche. Remontez vers le Sacré Cœur. Posez vous sur les marches et vous découvrirez la sensation inoubliable, oui, la vraie sensation, vous possédez Paris. Revenez Place du Tertre et si vous consentez à vous faire croquer le portrait, demandez Picasso. Là, la fenêtre au milieu au dessus du C de la Mère Catherine vivait Coccinelle, passez lui le bonjour pour moi. Je vous autorise à payer votre bière une fortune pour vous délecter de l'ambiance. Sinon, faîtes comme moi, achetez votre 16 fraiche chez Farid et retournez vous poser sur les marches. Buvez tranquille, respirez en vous éblouissant avec le Carrousel et descendez droit devant vous. Vous rejoindrez Pigalle, ses sex shops aux néons rétro, sur votre droite les pâles du Moulin Rouge.

Le 9ème vous accueille, la balade est finie. Allez, finissez en beauté. Allez saluer Sartre et De Beauvoir au cimetière, Michel Berger aussi et filez vers la Place Clichy. Si vous aimez les fruits de mer, prenez les à emporter au Wepler, sinon, vous aurez fait vos courses au Marché du Poteau. Rentrez, vite, ce serait vraiment dommage de ne pas finir par un dîner aux chandelles.

J'ai du raccourcir, vous n'avez pas tout, parce que je pourrais vous pondre facile deux cents pages et je n'ai tout de même pas envie de vous faire subir ça. Pour information, je suis une guide gratuite, je suis prête à vous accompagner, vous raconter, vous faire découvrir, mon 18ème. Et j'aime vraiment ça. A bon entendeur...

Reprise des hostilités

Hier, c'était ma rentrée de pionne au collège... enfin disons reprise, car je n'ai pas vraiment profité pleinement de mes vacances entre les révisions et le concours.
Ça a commencé par 1h de surveillance de récrée, manches courtes et posage de cul à l'endroit stratégique de la cour, le rebord du portail, vision à 180° assurée, face au soleil... j'ai choisi mon poste !
J'ai donc observé.
Les 3è fébriles révisant leur brevet blanc entre 2 bisous dans les toilettes, mais l'autre surveillant de service de cour, le bizut (il remplace un démissionnaire qui n'a pas supporté la pression fiscale de ses études et qui a trouvé un job de merde mieux payé emploi plus épanouissant), veillait, tout jouasse de cette nouvelle expérience qu'est le vidage des toilettes.

Car les toilettes du collège sont un haut lieu de réjouissances en tous genres. Du pas de tektonik mal habile au mini break hip-hop... ils appellent ça des battles... vaut mieux ça qu'une bonne baston à ce que j'leur ai dit. Des confidences secrètes entre poufs dans le cabinet du maire au tournantes de psp devant les lavabos.
Et puis un jour, il y a eu cette inscription sur la porte d'une des chiottes : celui qui nettoie ça enculé. Ça a fait tout un drame parce que c'était dans les toilettes des filles, mais que non, au grand jamais, c'était pas elles. Crainri ma gueule c pas nous m'dame, qu'elles ont dit à la principale venue constater la chose.
Le coupable court toujours.
Depuis, on laisse les toilettes fermées, et les élèves doivent venir demander qu'on leur ouvre.
Nous sommes toutes et tous des dames pipi en puissance.
Sauf pendant la récrée de midi, quand on est 2 ou 3 surveillants dehors. Il faut donc les vider régulièrement, sinon les 6è n'osent pas aller pisser, du coup ils sont tout stressés, ils pleurent et on se fait engueuler par les parents après.

Les 4è, le cul entre 2 chaises, partagés entre l'envie de faire comme les grands et de squatter les toilettes et les bancs du préau, et de jouer à chat avec les petits. J'ai même surpris des petits couples se former... c'est mignon... les mains s'effleurent, les joues rougissent, les garçons bafouillent, les filles sont à moitié hystériques... et si en plus, on a le malheur de citer un certain groupe teuton, on a le droit à des petits cris se rapprochant plus de l'ultrason que du plaisir.

Les 6è et les 5è jouent encore ensemble, mais ne sont pas attirés par la mixité... d'façon, les garçons, y sont tous nuls... pis les filles elles sont trop embêtantes, d'abord... les garçons font du catch et les filles nous refont la choré de Papillon de lumière ou de Kamel Ouali...

Parfois tout ce petit monde dérape, dépasse les limites de l'entendement dans la gestion d'une communauté (une baston de chez baston, quoi... ça n'arrive pas souvent, mais croyez-moi, faut y aller !), mais c'est pas si fréquent que ça !
Donc là, tout s'est très bien passé... je me suis bien levée une ou deux fois pour aller vider le couloir de la vie scolaire (et me désaltérer accessoirement), mais c'est tout. De loin, quelques recommandations...
- Attention Linford, ne jette pas Malcolm au sol comme ça, vous allez vous faire mal...
- Eh bidule Kévin, arrête de mettre des steaks à Shirley...
- Fatou range ce portable ou j'te l'confisque, j'appelle tous mes amis à l'étranger (Vénézuela, Angleterre, Nouvelle-Calédonie...) et j't'éclate ton forfait bloqué...
...'fin des trucs dans le genre !

Dans l'après-midi, j'ai eu le temps de saisir l'intégralité des billets d'absences, en les classant par jour-classe-niveau... c'est toujours ça qu'on n'aura pas à refaire pour l'archivage. C'est dire si il y avait du boulot !

Et ce matin, après mon heure de surveillance d'un contrôle (c'était des 6è, je peux vous dire qu'il n'y a pas eu un mot plus haut que l'autre, non mais !), j'ai pris une perm'... 3 élèves... j'ai appris LA nouvelle... la petite soeur de Britney, Jamie Lynn Spears, est enceinte à 16 ans ! C'est de source sûre, Dream'up, il me semble... j'ai du sortir de la perm' pour aller m'en griller une sur la terrasse-fumeur on a le droit officieusement si on jette pas les mégots du 3è étage.
Vous l'aurez compris, lectrices z'et lecteurs, ce collège est sur 5 niveaux... parvis, administration, vie scolaire et cour, salles de classe sur 2 étages.
Un seul ascenseur.
Une seule clé pour tous les surveillants. Mais c'est pas la question.

Vivement jeudi lundi mardi prochain... d'autant que le 15 mai, c'est la grèèèèèève !

lundi 5 mai 2008

Prospection et Tai-Chi-Chuan

Hier, c'était une journée sympa. D'abord, parce que j'ai fait deux ventes et que j'avais un mois d'avril tout pourri que j'ai du coup rattrapé en cinq jours en mai, ça soulage. Aussi, parce que les gens suivent vraiment la météo, je croise que des Catherine Laborde, quand il fait beau, ils sont vraiment super sympas et trop de bonne humeur, ça soulage. Enfin, parce que j'ai rêvé que l'autre pétasse se faisait massacrer par le juge et que, du coup, ça m'a soulagée.

Bref, belle journée. Je devais même finir en beauté. Mais, la maternité n'offre pas que des réjouissances et parfois, tout ne se passe pas comme on le voudrait. Elle a peut-être eu peur la gamine de rencontrer une vraie vampire. Buffy, c'est pour les petites joueuses... Non, vous l'aurez compris, je blaguais. Mes blagues sont nulles, n'oubliez jamais. Ce n'est que partie remise et dîtes à cette gosse que je ne suis pas une vampire, pour de vrai. Et comme dirait sa mère, je lollerais bien là, mais je me retiens. Bouh je m'embarque dans des trucs des fois...

A quatorze heures, je suis partie en prospection. L'exercice est simple, il suffit de monter dans les immeubles, de frapper aux portes et si, par miracle (ou par malchance, parce que si les gens sont chez eux, c'est qu'ils ne sont soit pas au boulot, soit malades) quelqu'un ouvre, il faut sortir son plus beau sourire et dire :
- Bonjour, je suis MaB et je suis vraiment navrée de vous déranger en plein après-midi. Je travaille pour l'agence qui fait des toits avec ses bras et je suis à la recherche d'appartements à vendre ou à louer pour mes clients. Savez-vous s'il y a quelqu'un qui voudrait vendre dans votre immeuble ?
Là, au choix :
- Voilà le nom et le numéro de téléphone d'un type, que peut-être, il vendrait mais faut vérifier, je sais plus, c'était à la crémaillère du locataire du quatrième, j'étais un peu bourré.
ou
- Pfff je sais pas moi, pis je fais la sieste, repassez plus tard.
ou
- La madame elle est pas là, mais je peux laisser un message.

Et là, c'était Ma journée. En moins d'une heure, j'ai eu deux numéros de téléphone. Les années de métier me servent au moins à quelque chose, quand on a deux supers tuyaux en prospection, on est au maximum. En général, on récolte ça en deux heures. Si tu les as eu en moins de temps, tu arrêtes, parce qu'après, t'auras beau insister, t'auras plus rien. Tu vas faire que réveiller des gens. J'ai donc arrêté.

Comme il faisait vraiment très beau, la procrastination a repris le dessus. Je me suis dit que les cinq cent mailing qui me restaient à plier et mettre sous enveloppe pouvaient bien attendre encore un peu. Ce qui n'était pas que de la procrastination innocente, puisqu'en effet, j'étais sensée assurer la permanence et l'accueil de 17h30 à 19h00. Le lundi, l'assistante, qui a la tâche ingrate d'assurer cette fonction, est en repos et une fois n'est pas coutume, mon patron avait du boulot. Ca ne lui prend pas souvent et jamais plus de deux heures. Je me plie donc à la règle, quelque soit la météo.

J'étais à côté du Parc de Choisy (c'est dans le 13ème, j'aime bien ce parc, il est si calme). La mission mailing a vite été remplacée par la mission sitting.

Quand j'ai franchi la grille verdâtre, j'ai vu Gérard qui comatait au soleil et qui buvait une de ses bières dégueulasses. Il est sympa Gérard, la vie a du bon avec lui, il sourit tout le temps. Le seul défaut de Gérard, c'est qu'il ne respecte pas le périmètre de sécurité. Quand il demande une pièce ou qu'il raconte une blague trop pourrie à quelqu'un, il met toujours sa tête à deux centimètres de son interlocuteur. Il refoule sérieusement du goulot Gérard, alors quand il me fait le coup dès le matin, après le café, c'est un peu écoeurant. Il appelle toutes les femmes "mon petit lapin" et il a tout le temps envie de faire des bisous. Il se fait jeter, souvent. Un jour, je lui ai dit que c'était à cause de sa barbe, elle est tellement chargée. Il se met si près qu'on voit le puceron mort et le menu des restos du coeur depuis un trimestre. Il m'a vu arriver et comme c'est un gars poli, idiot mais poli, il s'est redressé.
- Salut MaB, ça va comme tu veux ? Va pas y avoir grand chose à vendre ici.
- Je viens prendre le soleil.
- T'as raison mon petit lapin.
Gérard avait un pile de métro à côté de lui. Il les vole dans le casier de la place d'Italie et il les revend à des crétins qui n'ont pas compris que c'était un journal gratuit.
- Je peux t'en prendre un ?
- Mais sers toi mon petit lapin !
Je lui ai pris un métro, mais ça me tracassait de ne pas jouer le jeu. Par moment, je l'enverrais bien ad patres cette bonne conscience judéo-crétine. Je lui ai filé deux cigares, il était tout pêteux de miel et de bonheur. C'était jour de fête. Je me suis dirigée vers la pelouse, j'ai croisé une marelle dessinée à la craie. On s'est regardé dans le fond des yeux avec Gérard. Les miens lui annonçaient que j'étais fière de ma petitesse intellectuelle, les siens salivaient d'avance. Et me voilà, dans mon tailleur-chemise tout propret, le cartable en cuir à la main en train de sauter à cloche-pied jusqu'au ciel. Gérard était plié en deux, un rire gras qui s'est très rapidement transformé en quinte de toux. J'ai bien cru qu'il allait mourir étouffé par sa bière cet idiot. Que ce soit clair, dans ce genre de circonstances, faut savoir sauver sa peau, pas question de se laisser tenter par un bouche à bouche. J'ai même pas l'AFPS, je sais pas faire, comme ça c'est réglé.

J'ai étalé ma veste au sol et je me suis mise en position de guetteuse d'avions. J'ai commencé à lire le métro de Gérard, le soleil me picotait le visage, c'était très agréable. Le plaisir n'a été que de courte durée. Métro c'est vraiment un torchon, heureusement que c'est gratuit, je comprendrais pas que les gens achètent ça. Les articles sont truffés de fautes d'orthographe (même moi je les vois, c'est dire) et les tournures de phrases sont dédicacées aux illettrés en tout genre. Je l'ai vite reposé, je sais que je suis une proie facile, que je peux m'abêtir facilement, alors je me protège. C'est que c'est délicat un cerveau, si on le nourrit mal, ça peut vite se rabougrir.

J'ai relevé la tête pour m'occuper en regardant le monde. Puisqu'aucun avion ne survole Paris. Il y avait un groupe de vieux chinois qui faisait des mouvements de Tai-chi-chuan. Il y a trois situations dans lesquelles je me sens parfaitement apaisée : quand je regarde des gens pratiquer le Tai-chi-chuan, quand j'essaye de suivre la balade d'un poisson des yeux et quand je reluque ma femme dans son sommeil. La dame qui était devant m'a sourit, j'ai rendu. Fin de la communication. Parfois, ça peut suffire.

Après, je suis restée concentrée un moment sur un arbre. Il avait l'air malade. Bêtement, ça m'a contrariée. Mes clignements ne l'ont pas guéri, moi si.

Et puis, j'ai fait le point. J'aime bien faire ça. Mon psy dit que c'est normal et que c'est sain, alors je ne me pose pas trop de questions. C'est lui le médecin. Il dit que je peux, je continue. J'ai fait le point sur ma vie, mes états d'âmes de trentenaire plus six, mes échecs et mes réussites. J'ai pensé à ma femme aussi, beaucoup. Elle est quand même vachement patiente. En y réfléchissant bien, elle mériterait peut-être mieux que moi, mais je vais être sincère avec vous, j'ai pas envie qu'elle cherche. Je me suis dit que j'étais une sacrée veinarde de l'avoir près de moi. C'est pas toujours les meilleurs qui ont de la chance, les autres aussi. Je me suis dit que d'être en accord sexuellement, intellectuellement et humainement avec quelqu'un c'était pas donné à tout le monde et qu'il fallait surtout que je me donne à fond pour être le petit machin essentiel à sa vie. Ca m'a requinquée.

Je suis retournée bosser, j'avais la patate. J'ai déniché un vrai mandat prospection dans la foulée. Je suis revenue à l'agence tout sourire. Mon patron me déteste, ça le dérange vraiment que je sois bonne en étant honnête. Tant pis pour lui. Il peut pas comprendre, il a pas de Kanou.

Quand elle est rentrée de son entrainement, je lui avais préparé le bon petit repas que j'avais prévu pour notre invitée. Elle a trouvé ça bon.

Je suis relancée, merci le Parc de Choisy. Je suis toute pleine d'amour que j'ai envie de lui donner.

Vous allez voir ce que je vais en faire moi, du stress du concours, de l'orpheline, de cette vie compliquée qui nous tombe sur la tête, de tous ces défauts qui mettent un joyeux capharnaüm, pas toujours joyeux, de ce quotidien parfois lourd à porter, parce que je me laisse si facilement aller. Je vais en faire de l'amour.

- C'est bien de faire de l'amour avec tout, non ?
- NON

- Ok...

Espace vécu, espace perçu

Alors que j'étais en train de boucler mes révisions pour le concours de prof des écoles (ça va se savoir, à force de le répéter !), j'ai observé la représentation cartographique de mes statistiques Google Analytics.
Ouaaaa... y'en a du monde ! Equateur, Pérou, Canada, Allemagne, Suède, Norvège, Liban, Suisse, Belgique, Pays-Bas, Réunion, Algérie, Madagascar, Maroc et bien sûr, France...
Mon œil aiguisé de géographe n'a fait qu'un tour : quelle drôle de répartition des lectrices z'et lecteurs de ce blog !
Et comme pendant mes lonnnngues études, qui n'ont pas servies à grand chose à part une grande culture générale (ouais, allez-y, demandez-moi où se trouve n'importe quelle capitale, et j'vous refais le portrait, non mais ! C'est pas que ça la géographie !) on m'a formée à un truc énorme : le commentaire de cartes et le croquis de synthèse dynamique (oui madâme, oui môssieur !). Mais ça fait un bail que je n'ai plus fait ça... j'ai un peu simplifié l'exercice.

C'est là que le bon géographe (oui... il y a aussi le mauvais géographe... un jour je vous expliquerai peut-être la différence entre le bon géographe et le mauvais géographe...) intervient : localisation-description-explication, telle est la Trinité qui guide ses pas.
Donc, en feuilletant un bouquin de géo de première (oui, je n'écris pas au fil de la plume du clavier, je fais aussi des recherches documentaires pour une meilleure information ! Je n'ai pas non plus de nègre qui me fait des fiches pour rédiger mes billets), je suis tombée sur une carte des angles morts de l'espace français. Il s'agit d'espaces enclavés, souvent ruraux, et périphériques (du genre la Corse, les Alpes du Sud, les vallées pyrénéennes, les plateaux du massif central). Et si l'on prend les zones situées à plus d'une demi-heure d'une autoroute (ou 2x2 voies) et/ou à plus d'une heure d'une gare de TGV, force est de constater que les lectrices z'et lecteurs de ce blog n'y habitent pas, ou du moins, ne s'y connectent pas : les espaces enclavés ne vous attirent pas. Vous vous connectez du bord des routes, et donc des fleuves.
Soit.
Vient maintenant LA vraie question : mais qu'est-ce qui a bien pu pousser mes lectrices z'et lecteurs à fuir ces angles morts (ou du moins à ne pas s'y installer) ?
Ouais. Je vous entends : on s'en fout un peu... c'est bien là le drame du bon géographe.

Voici un petit croquis de ce que cela m'a inspirée, lorsque MaB m'a demandé des explications.
Un croquis donc, ainsi que son inséparable légende, car un croquis sans légende, n'est pas vraiment un croquis, sous peine d'interprétations erronées et/ou fantasques du dit croquis.


Je commencerai par deux localités qui ont le mérite d'être citées ici, sur un blog tenu par 2 lesbiennes.
En 1, nous avons Morlaix, Montroulez en breton du Léon (c'est un des 9 évêchés de Bretagne, il y en a autant que de rayures noires et blanches sur le gwenn ha du, 4 blanches pour la Basse Bretagne, Léon, Tréguier, Cornouailles et Vannes, et 5 noires pour la Haute Bretagne, Nantes, Rennes, Saint-Malo, Saint-Brieuc et Dol).

En 2
, nous avons Castelnau-le-Lez. Le Lez est un fleuve côtier de la région montpelliéraine, léz-ardant entre plaine étroite et gorges, généralement calme, tantôt impétueux lors des fameux orages cévenols, ses crues ont été dénommées les lézades... ça ne s'invente pas.

En 3, il y a les Pyrénées, montagnes jeunes desquelles la Garonne prend sa source pour aller se jeter dans l'Océan Antlantique. Alors on dit montagne jeune parce que, comme les Alpes, elles sont plus récentes, et donc moins érodées, que les massifs Central et Armoricain. Les Pyrénées se sont formées à la suite de la collision de la plaque africaine avec la plaque eurasienne... et quand on pince du terrain plus ou moins maléable, ben ça plisse... ça a donné des chocapics les Pyrénées. Et les Alpes aussi. Et puis tout un sacré bordel dans le reste du relief de la France. Mais j'y reviendrai.
Ca peut donner ça, en vrai :





En 4, voici les plateaux d'Auvergne. Avant, il y avait des volcans... de la forêt tropicale et des dinosaures... c'était il y a entre 1 et 25 millions d'années (une crotte de mouche à l'échelle des temps géologiques). Et n'en déplaise aux auvergnatEs, ils sont éteints à jamais, JAMAIS il ne crachera plus de lave par ces cratères. Sans parler du Cantal, plus grand stratovolcan d'Europe avec ses 70 km de diamètre...
Aujourd'hui, ça donne à peu près ça :




En 5, tout le monde les avaient reconnues, les Alpes. J'y ai pas mal usé mes godasses et mon énergie... surtout entre Sisteron et Gap pour mon taf, dans les Ecrins aussi un peu. C'est dans les Hautes Alpes que j'ai volé pour les premières (et dernière) fois... enfin que j'ai "parapenté"... le lac de Serre-Ponçon et la Montagne de Lure vus du ciel... énorme, palpitant, magnifique... je préfère quand même l'ULM... moins risqué en terme de courants ascendants.
Une fois l'an, on peut aussi y voir un citron serpentant en 8 à flan de montagne... une particularité à ne manquer sous aucun prétexte !!

En 6, haut lieu de la technologie de pointe française, j'ai nommé le Futuroscope.
Voilà.
Quoi dire de plus, à part que j'ai vomi mon gouter après la simulation de vol du genre "je suis un papillon", qu'on voyait des écrans de partout même sous les sièges... et que j'ai fait chier mes parents pendant toute l'après-midi (et même tout le week-end il me semble, mais là n'est pas la question... on est con lorsqu'on a 14 ans et qu'on loupe THE méga-fiesta sur Paris) après parce que j'avais faim.

En 7, aaah le Val de Loire... je n'y aurai pas commencé ma thèse, je n'aurai pas découvert ce havre de paix et de quiétude... du bon vin, du fromage de chèvre, pas de touristes (à part tout un camping de hollandais, dans lequel nous logions avec le groupe du CNRS... ils étaient ultra équipés par rapport à nous, scandaleux... en plus ils étaient vieux... à part peut-être cette... mais chut, quest-ce que je raconte, moi ?!) et la Loire à 20° l'été, 5° l'hiver, quand c'est pas gelé... le pied !
Un coucher de soleil, au cas où ça ne vous paraitrait pas plausible :



En 8, c'est là que ça se complique un peu pour vous. Tout à l'heure, j'ai évoqué la remontée de la plaque africaine vers le Nord, et donc la plaque européenne. J'avais parlé des Pyrénées et des Alpes. Bon. Et bien il se trouve qu'en plissant tout ça, le bout de la plaque (l'actuelle France) a basculé vers le Nord, comme si on avait fait levier au niveau des Pyrénées pour soulever tout ça.
Avant ce basculement, il y avait la mer au niveau du Bassin Parisien, du Massif Armoricain à l'ouest, au Massif Schisteux-Rhénan (en gros les Vosges, on va pas chipoter). Une grande et belle mer tropicale, avec des tas de petits mollusques et autres animaux préhistoriques qui meurent parfois et qui tombent au fond de l'eau : ça fait des couches (on dit des strates, aussi). Et plus il y en a, de couches, plus c'est lourd, plus le centre s'enfonce (essayez dans une bassine, vous verrez).
Donc, un jour, il y a eu ce basculement (vous suivez ?). Toute l'eau de la mer est partie (où ça, j'en sais trop rien... vers le Nord sans doute !), et il est resté ces couches, enfoncées au centre (c'est ce qui correspond à l'Ile-de-France) et relevées sur les bords, c'est ce qu'on nomme les cuestas du Bassin Parisien. On y cultive aujourd'hui de très bon vins, sur les côtes de Meuse ou de Moselle par exemple.

En 9, pour l'avoir testé une fois, à ses débuts, la station de ski de Noeux-les-Mines est une particularité à ne pas louper si vous êtes dans le coin ! Barres de rire assurées !

En 10, la Corse, pour ne nommer qu'elle. On ne sait jamais... On peut y faire des randos sympas, comme le GR20 (ça me fait penser qu'un jour il faudrait que je vous parle de cette expérience pédestre intense...).

vendredi 2 mai 2008

Gang de requins (when you're a jet)

Le 22 avril dernier, si vous avez bonne mémoire (bah, si , faites un effort, c'est pas si loin...), j'ai écrit quelques mots sur mes chers clients, ou au moins, ceux qu'il m'arrive de côtoyer le plus souvent... En les égratignant un peu, même si je l'ai fait très gentiment, je vous avais dit qu'un jour prochain, je vous ferais une petite bafouille sur mes confrères. Ce jour est arrivé.

je plante le décor : un quartier divisé en sous-secteurs que nous numéroterons de un à dix pour plus de clarté ('tends on va pas les perdre dès le début), des concierges, des commerçants, des acquéreurs et des vendeurs. Au coeur de la meule, à l'épicentre, un agent immobilier. L'agent immobilier est un animal : tantôt un chien flairant, une charogne, un prof hibou ou un écureuil qui économise ses noisettes.

Pour comprendre ce qui va suivre, il vous faut d'abord savoir en quelques mots en quoi consiste ce curieux métier. Contrairement à ce que vous pourriez croire, le travail de l'agent immobilier ne consiste pas à vendre des appartements/maisons/parking/hangars/trous à rats, non, le vrai boulot de l'agent immobilier, c'est de trouver la matière, de dénicher la perle dans un torrent d'excréments où vous ne verriez même pas pousser de champignons... L'agent immobilier est une sorte de détective privé plus véreux et vicieux qu'une fouine. Parce que tous les moyens sont bons pour y parvenir. De la gardienne qui salive en voyant le contenu de l'enveloppe au propriétaire peu scrupuleux qui frétille, des euros plein les yeux. Du porte à porte, pour trouver le nom et surtout l'adresse, du propriétaire du troisième étage dont l'appartement est vide depuis des mois. Des prospectus qui vous éclatent les doigts parce qu'ils coupent mais dont on inonde quotidiennement vos boîtes aux lettres en caressant l'espoir qu'ils génèrent des appels.

Bref, dans un monde de requins, moi, petit poisson rouge, j'ai du user de toutes mes qualités humaines intrinsèques. Il fallait survivre, alors si avec mes clients, acquéreurs ou vendeurs, je reste naturelle et donc "poisson rouge", avec mes confrères, je sors mon aileron en plastique (mais il fait tellement vrai, qu'ils fuient devant le trompe-l'oeil).

Puisque nous travaillons essentiellement dehors, le territoire de l'agent immobilier, c'est la rue. Entre les dealers, les macs, les gens du voyages, les forains et les vendeurs de marchés. La rue a ses codes et surtout sa hiérarchie, je l'ai très vite compris. Pas question de pisser à chaque carrefour pour marquer son territoire, il s'agit plutôt de s'allier, d'être l'amie de tout le monde. Si vous avez déjà des amis, une vie plutôt sympa, il vous faudra l'oublier et faire naitre cet autre vous "de la rue".

Du poisson à l'oiseau, il n'y a qu'une aile.

Tout en haut de la chaîne alimentaire, il y a la charogne. Celui (ou celle, les hommes n'ont pas l'apanage de la cruauté) qui vendrait sa mère pour s'offrir un rythme de vie luxueux. Ils n'hésitent pas à cramer 200 euros en une soirée boîte le samedi soir, bouffent au restaurant tous les midis, même s'ils ne sont jamais invités par leur clients, se sapent sur mesure, font briller la rollex, la chevalière et la gourmette et prennent éventuellement un pseudonyme pour s'offrir une vie décomplexée à la hauteur de leurs espérances. Ils s'appellent donc "Duplex", voire "Triplex", "Harry" (à cause de Potter ou du film qu'ils n'ont jamais vu, mais ils savent juste qu'Harry est un ami qui vous veut du bien, c'est le titre qui le dit), "Affair" (sans le -e- ça le fait mieux). Parfois, Karim devient Patrick et Consuela devient Vanessa, pathétique. Tout est bon, pour gagner du pognon, même jouer le rôle des fachos. Ouaip.

Si nous dévoilons la seconde poupée russe, nous pourrons voir apparaitre le second de file : maître Hibou. C'est une espèce extraordinaire qui contrairement à son pendant animal ne vit pas que la nuit, mais est capable d'ululer des heures durant. Ils vous tartineront de leur science, ô combien divine, connaissent les derniers textes votés par une assemblée de merde par coeur et sauront vous rappeler que non, la Loi de Robien n'est pas fiscalement plus chatoyante que la Loi Borloo, qu'on se le dise. Ils sont parfois une sorte d'hybride improbable : hibou-araignée. Si par malheur, vous touchez la toile qu'ils auront tissée pour vous, vous serez subitement guidé par une lumière blanche envahissante et éblouissante.

Sur la troisième marche du podium est perchée la pie. Curieux piaf criard et bonimenteur. Ses ultras sons nauséabonds paralysent votre oreille interne, vous perdez votre équilibre à l'instant où éclatent vos tympans sous une gerbée de palabres hypnotisantes et incohérentes. En clair, il vous ferait bouffer de la merde que croiriez encore que c'est du chocolat.

Dans les roues de la pie, le maillot rose à pois, le grimpeur, l'endurant, le serpent à plumes. Tout juste assez verbé pour hoqueter bafouiller péniblement trois mots, il jouera de cet embarras en le maquillant de timidité. Sa langueur lenteur vous bercera et vous mourrez étouffés ou envenimés.

Un peu à la traine, l'albatros, qui souffre des mêmes tares qu'un vol régulier d'Air France. Le décollage et l'atterrissage. Après quatre faux départs, il mourra sur la ligne d'arrivée barbotant dans son incompétence.

Enfin, le vilain petit canard, le faux oiseau, celui qui a les pieds dans l'eau et qui voudrait bien toucher les nuages. Celui qui vivote tant bien que mal au milieu de ces prédateurs. Celui qui malgré l'oppression, la terreur, survit, parce que les bons le nourrissent. Est-ce de la pitié, de la tendresse, peu importe, il gobe chaque miette de pain.

Et si dans "un petit poisson, un petit oiseau s'aimaient d'amour tendre" sachez que cette merveilleuse fiction n'a sa raison d'être que dans la chanson.

Toute l'idée est là. Se singulariser, se démarquer de cette masse de plumes à becs, trouver l'essentiel. Etre aussi professionnelle que possible, pouvoir se regarder dans une glace, garder les pieds sur terre et la tête pleine de rêves. Surtout ne jamais, jamais se laisser tenter par le côté sombre de la force. Rester poisson.

Retour d'expérience

En bonne impétrante que je suis, je me suis rendue, la peur au ventre et le stress à la gorge, à mes écrits de concours.
Trois épreuves sur 2 jours, 4h de français le mardi après-midi, 2 fois 3h le mercredi pour les maths et les sciences/histoire-géo.
Même si c'est la deuxième année, je reste impressionnée par le nombre de candidats... sur les presque 14 000 inscrits attendus, seulement 8000 sont venus, ça faisait du monde dans le hangar immense du parc des expositions de Villepinte !
Des tables à perte de vue, réparties en groupes, avec leur grande pancarte pour les repérer de loin (c'est utile, parce que, par exemple, j'étais dans le groupe 21, donc c'était tout au fond... il fallait traverser tout le hangar, d'au moins... pfff... 400 ou 500 m facile).
Des candidats à n'en plus finir, de tous horizons (oui, j'ai pris le temps pour une réflexion hautement philosophique pendant la première demi-heure de français, je n'aurais peut-être pas du...), qui ont envie de pisser tous ('fin surtout "toutes"... pas pour rien qu'on les appelle les pisseuses...) en même temps :
- des jeunes (on aurait dit qu'ils sortaient à peine du lycée),
- des vieux (si prêt de la retraite, est-ce vraiment nécessaire ?),
- des comme-moi, qui tentent instit après d'autres études qualifiantes mais sans débouchés potables,
- des qu'on n'imagine pas, mais alors pas du tout instit',
- des mecs louches à qui je n'aimerais pas confier mes gosses plus tard,
- des qui tentent le concours parce qu'ils ont râté le CAPEPS (d'ailleurs, je voudrais signaler ici le scandale des suppressions d'heures et de postes en EPS, dans le secondaire et le primaire... moins d'heures d'enseignement, moins de profs, moins de postes... plus de recalés au concours : cqfd),
- et puis tout un tas de petites meufs, toutes calibrées pareil : cheveux mi-longs, négligemment relevés à l'aide d'une pince, look fashion, lunettes rectangulaires à grosses branches en serre-tête, parlant super fort pour montrer à tout le monde qu'elles en savent des choses. C'est ce genre de future collègue que j'accompagnerai bien volontiers à la piscine (alors que je suis allergique au chlore), 1° pour mâter son petit cul, 2° pour la noyer ensuite dans le pédiluve. Car c'est le genre de meuf qui sait tout, et qui ne manque pas de te faire remarquer d'un ton péremptoire que tu n'as pas respecté les instructions officielles pour monter ta démarche d'investigation dans ta fiche de prép', ou que tu ne laisses pas assez les élèves construire leur savoir (personne ne m'a jamais encore dit ça, mais je sais qu'elle existe, cette pimbêche qui le fera). C'est ce genre de nana qui n'hésitera pas à t'achever pour te passer devant... du genre à planquer les polycopiés pour les absents, à démotiver tout le monde en se plaignant, à donner ou à faire de la rétention d'informations... à fond dans l'ambiance concours, qu'à ce prix là, elles auront.

Bon. J'ai quand même fini par réussir à me concentrer un peu sur mes copies.
Si je suis un peu déçue de ce que j'ai fait en français (entre autre, une mauvaise gestion de mon temps... pfff... c'est la faute aux petites meufs, ça !), j'ai plutôt bien réussi le reste.

Dans l'ensemble, je dirais que j'ai un peu le cul bordé de nouilles... même si la préparation institutionnelle de l'IUFM a quelque peu éteint mes élans free-staïle sur mes copies de français (je les garde uniquement pour les questions d'histoire-géographie... sur lesquels j'ai fait complètement impasse), elle est très efficace en maths et en sciences.
Forte de ce travail quasi-régulier (il y a bien quelques fois où j'ai malencontreusement oublié d'aller en cours le matin et/ou l'après-midi...), je me suis imposée des révisions assez light (de toutes façons, c'est pas en 5 jours qu'on peut revoir tout le programme...), et surtout très ciblées, j'ai nommé : méthode et didactique.
Il y a aussi ce billet que j'ai commencé à pondre (il est presque fini... attention spoiler !)... soucieuse d'offrir une information de qualité, je me suis documentée... de page en page, j'ai fini par relire toute la partie sur l'espace français (même si vous n'y êtes pour rien, je vous remercie quand même !).
Et puis ces relectures de dernière minute, juste avant l'épreuve... Au cours du déjeuner, j'avais réussi à retrouver 3-4 collègues de l'IUFM (sur presque 8000 personnes, c'est un bel exploit), et studieuses, nous nous sommes mises à faire des pronostics vaseux sur les questions d'histoire-géo possibles, en déconnant un peu...
- Je vois bien un truc sur les technopoles européennes !
- ...
- Ah ? Question à 1000 euros : c'est quoi la différence entre une technopole et un technopôle ?
- ...
- Nan... c'est trop traps, ça ne peut pas tomber !
- Tiens, Kanou, toi qui a fait de la géo, comment tu définirais l'espace rural ?
- ... gloups. J'avale ma coquillette, tout en cogitant sévère pour me sortir de ce bourbier... Ben c'est la campagne, y'a des champs et 3 pelés qui se font chier...
- Mouais... pas très rigoureux... attends, je regarde dans le bouquin !
- Tu fais bien !
On a bouquiné pendant 1/2 heure sur l'espace rural, les paysages, les activités, la population, tout ça... 2 heures après, la question de géo tombait : les mutations des paysages ruraux français métropolitains (oui, ils précisent, au cas où on aurait voulu parler de Saint-Pierre et Miquelon, des Kergellen ou des Antilles).
Avouez que c'est énorme comme intuition... mais ne nous enflammons pas, cette question est sur 3 points (et pof, ça te calme... mais c'est énorme quand même !).
Pour la question d'histoire, il ne ne sont pas fait suer, ils ont resorti la même que l'an dernier : la Renaissance artistique en Europe (c'est juste "en France" qui a changé). A croire que les instits kiffent grave ne jurent que par cette période... De mon temps, je me souviens de 3 grandes époques : la Préhistoire (ah ça oui, j'en ai bouffé du silex et de l'australopithèque), la Renaissance (j'étais devenue plus calée que la guide du château de Fontainebleau à force d'y aller avec l'école), et le Moyen-Âge (châteaux-forts, pont levis et chevaliers ont alimenté mes jeux de petite fille pendant longtemps). Coup de bol, j'avais aussi eu un cours de MaB l'an dernier, juste après les écrits... j'ai tout bien dit (enfin ce qu'il en restait, avec toutes les approximations qui vont avec !). Re sur 3 points. Re-calmée.

Moralité : l'option de faire l'impasse sur l'histoire-géographie était la bonne.

Au départ, il y avait 7000 inscrits sur l'académie de Versailles (oui, c'est là que je passe le concours).
4068 étaient présents aux trois épreuves écrites.
Seulement 1202 postes à pourvoir.
Résultats le 14 mai à 18h !

jeudi 1 mai 2008

Quoi ? L'éternité !

Globalement, notre super société capitaliste et individualiste avide de consommation a quand même sérieusement peur de vieillir. Tous les moyens sont bons pour gratter les quelques années de trop dont souffre notre apparence. Les doctorants en philo, socio, psycho, peuvent arrêter leur lecture ici, car il n'est pas dans mon intention de souligner un quelconque parallèle entre la peur de vieillir et celle de mourir. Nous sommes tous d'accord pour dire que cette crainte boit à la source de bien d'autres angoisses beaucoup plus profondes.

La plupart de nos concitoyens refuse autant de prendre de la bouteille que je refuse de lâcher la mienne. Ils ne jouent pas avec ça, l'âge c'est du sérieux. Faut lutter pour effacer ce que Dame nature nous inflige.

CertainEs ont recours à la chirurgie esthétique et se font greffer un sourire digne du Joker de Tim Burton. Les lèvres, gonflées au Botox, ressemblent à deux boudins rosés qui ne se détachent presque jamais et rendent la diction périlleuse.
- Un deux pièces vous avez dit ?
- Non, un duplex.
Forcément, c'est pas la même chose.

D'autres préfèreront utiliser le code vestimentaire.
Pour mesdames, ce sera le jean taille basse porté sur des hanches épaisses et le haut blanc qui fait bien ressortir la peau bronzée cramée fripée. Pouvons-nous considérer le maquillage et la quincaillerie/bijouterie comme étant des éléments du code vestimentaire ? Pour les besoins de ce blog, disons oui. Donc, le maquillage qui en théorie a pour but d'embellir celle qui le porte est ici surprenant de laideur. Le rouge trop rouge gonfle un peu plus les boudins, le mascara et l'eye-liner débordent des lignes, le fond de teint, appliqué en épaisse couche orangeâtre, n'a plus rien d'un fond, il est devenu un sur-teint, voire un cache-teint. De très nombreux bracelets, une bague tout les deux doigts et un piercing sur la narine droite ajoutent la touche décorative et brillante. Les talons aiguilles claquent sur le macadam, le rythme est soutenu, la cadence saccadée. Car la vieille femme moderne est toujours pressée.
Pour messieurs, ce sera le pantalon en toile claire mi-ville, mi-sportwear, avec un polo Lacoste rose près du corps. Il n'est pas question de ne pas faire profiter de ces longues heures de torture dans la salle de sport du coin à qui viendrait à les regarder. La coupe, savamment étudiée, cache l'inévitable tonsure. En revanche, les cheveux gris ne sont, la plupart du temps, pas évincés par un balayage. Parce que le poivre et sel plait aux jeunes femmes, aux trentenaires quadragénaires qui raffolent de l'homme mur qui s'assume mais qui a su rester jeune dans sa tête. La démarche est posée, nonchalante, lascive. L'oeil vif trahit une alimentation soignée qu'il doit à une femme qu'il a épousé trente ans plus tôt et dont il a divorcé depuis, préférant profiter de cette seconde jeunesse artificielle aux bras de jeunes pouliches au cul ferme et à la peau douce.

D'autres, enfin, auront le sentiment d'arrêter l'horloge grâce à leurs fréquentations et leur mode de vie. Ils participent à des soirées étudiantes, font des rallyes inter-entreprises, sortent en discothèque au moins une fois par semaine, savent danser la techtonik et se passionnent pour la nouvelle scène française. Ils vont régulièrement tchater sur internet, pour trouver un jeune partenaire de squash, draguer la minette et parler Ferrari et Porsche avec des initiés. Elles, vous les croisez plutôt sur Meetic, où elles ont soigné leur profil et sélectionne les 30/45 ans, au moins titulaire d'un bac et ayant une bonne situation professionnelle. N'allez surtout pas leur dire que la sélection est un peu limitée, elles vous répondront qu'une relation ne peut décemment pas durer sans communication et que le pauvre garçon qui a arrêté ses études en troisième n'a pas la teneur intellectuelle minimale. Elles s'offrent parfois une liaison exotique, ravie de voir le badaud s'étonner du bel éphèbe africain qui les accompagne. A leurs copines de réunions tupperware, elles avoueront que l'étalon n'est certainement pas l'homme de leur vie mais qu'il les gratifie d'une vie sexuelle intense et orgasmique.

Néanmoins, ils sont souvent de tous les combats pour protéger la retraite qui approche à grands pas et qui leur permettra de profiter pleinement d'une vie de luxure et d'aventure. Et pourquoi pas le faire enfin, ce Paris-Dakar ou ce treck d'un mois dans le désert du Sahara. En tout cas, c'est certain, ils voyageront, savoureront l'extase du tourisme sexuel, en partageant leur couche avec une jeune thaïlandaise ou un beau guerrier Massaï.
Leur engouement pour les grandes causes peut-être parfois à la hauteur de leur égoïsme. Ils participent aux marches pour la libération d'Ingrid Bétancourt, à la Gay Pride, parce qu'ils sont super open, envoient un gros chèque pour les victimes du Tsunami et enfilent des gants mapa pendant leurs vacances pour nettoyer la plage victime de la dernière marée noire. Ils sont tantôt Sarkozystes, mais, s'insurgent quand même un peu contre les expulsions. Ils sont tantôt écolos et pensent que la lutte contre le réchauffement climatique est une priorité absolue. Ils ont parfois voté pour Ségo aux dernières élections et ne tarissent pas d'éloges quand ils parlent de nos amis américains qui eux ne se dégonflent pas et auront très certainement bientôt un président de la république noir, ou femme.

Je n'ai pas peur de vieillir, pas plus que je n'angoisse à l'idée de voir quelques cheveux blancs garnir ma frange houppette, mes mains ou mon visage se rider un peu. Je me dis que c'est l'ordre des choses et que l'on ne peut pas impunément jouer avec le temps. Bien sur, il m'arrive de pester après ces maudites années, quand je mets une semaine à me remettre doucement d'une soirée bien arrosée. Finie la merveilleuse époque où je pouvais, d'un pas léger, enchainer beuveries et obligations professionnelles. Mais, c'est avec la même verve que je remercie la nature de limiter mes excès, elle préserve mon foie. Je m'habille très "classique" pour travailler : tailleur pantalon, pull ou chemise et "baskets de ville" (je marche environ dix kilomètres par jour, donc mes pieds, je les glisse dans des chaussons, le talon est à bannir dans mon métier). Cette tenue me vieillit mais elle me donne aussi plus de crédibilité, parce que je suis, pour le coup, vraiment dans la peau d'une femme blette mure. Les blagues nulles me font rire, les mêmes qu'il y a vingt ans je rejetais en bloc en arguant d'une voix criarde : "non, mais vraiment, même pas drôle, trop naze tes blagues !". Je me réjouis même à l'idée d'avoir une vraie vie de famille et des enfants qui un jour à leur tour en auront peut-être aussi pour qu'ils puissent goûter à mes fameuses pâtes au poulet.