jeudi 21 octobre 2010

Parents alternatifs

Notre petit bonhomme a déjà 2 mois... ça va si vite !
Je voudrais te raconter chaque jour qui passe, mais peut-être que tu serais saoulé à force... Sapinou a tenu dans sa petite main la patte avant de Sophie la girafe (qui d'ailleurs a une vraie tête de junkie, en passant... pupilles super dilatées, ça ne fait pas sérieux !)... Sapinou a eu un rire sonore (oui parce que jusqu'à présent, il souriait, mais en silence)... Sapinou fait des vagues avec ses jambes dans le bain, si bien que la salle de bain ressemble parfois au tournage du remake de Sauvez Willy... Sapinou suce son poing (et pour ne pas qu'il tombe, il le tient avec son autre main... exit la tétine)... Sapinou est en train de doucement passer au fringues en 6 mois (certains trucs en 3 mois sont déjà remisés... ça promet)...
Bref.
Comme tu vois, l'odyssée la vie suit son cours.

Hier, j'ai innové. Je me suis fait une après-midi "maman". C'est à dire que j'ai un groupe de copines qui, passé la trentaine, s'est mis à pondre. Va savoir pourquoi, mais il y a 4 ans, c'était no way pour elles, alors que moi j'en bavais déjà d'envie. Et puis pouf, 30-32 piges, du sexe tous les jours avec Monsieur, et hop, un bébé... ah ces hétéros... ils me surprendront toujours !
Du coup, nous nous sommes retrouvées à 3-4 mamans avec nos bambins... comme au bon vieux temps, mais avec des bébés en plus... 11 mois, 6 mois, 2 mois, encore dans le ventre. On a bien rigolé, on s'est racontées nos accouchements, nos galères d'allaitement, on aurait presque dit une réunion de la Leche League avec nos nibards à l'air, sauf qu'on s'est gavées de viennoiseries et d'orangina !
Constat : autant, entre adultes, les différences de way of life peuvent passer inaperçues, autant, lorsqu'il y a des enfants, ça saute aux yeux et après, ça pique.

Je t'explique.
Même si sur le fond, les valeurs sont les mêmes, sur la forme, les limites du supportable de chacune sont différentes.
Une maman super roots, qui a accouché sans péridurale quasi dans la jungle d'une petite fille et qui, 11 mois plus tard, dépiaute son pain au chocolat à même le tapis, et qui vient allègrement s'essuyer les mains sur la salopette propre de Sapinou (que j'avais précédemment sauvée d'un renvoi de lait caillé...).
Bon.
Je n'ai rien dit, parce que dans le fond, ça n'est pas grave, ça reste du chocolat, et la salopette se lave. Mais je me suis tout de même dit que je n'aurai sûrement pas la force de laisser Sapinou étaler un pain au chocolat et sur lui et sur le tapis et sur le pantalon de la copine et sur le canapé...
Alors attention, cette petite fille est heureuse comme tout, choyée, nourrie, lavée, juste sa maman la laisse faire, à son image de maman roots qui ne se prend pas (trop) la tête.

Une autre maman super bobo... le bébé encore au chaud, mais qui pense l'appeler Rose ou Scarlett, ou alors un prénom de perso de BD, illustratrice donc intermittente, qui habite à la Goutte d'Or mais préfère prendre un taxi plutôt que le métro, plus sûr. Mais qui n'a pas l'air d'avoir vraiment envie de jouer à la poupée... à moins qu'elle fasse sa maline devant nous, et qu'en fait, lorsqu'elle va déballer son énorme sac de fringues de bébé récupérées, va se mettre à chouiner comme une madeleine parce que c'est troooooooop mignon toutes ces petites robes !

Et puis moi... roots mais pas trop... en plein maternage, mais pas trop. Portage en écharpe, mais cosy aussi (en fait je porte le cosy à la main après la voiture, et je mets Sapinou dans l'écharpe car il est trop lourd à bout de bras, et le châssis de la poussette, ça faisait trop pour faire juste 500 m de la voiture à la réunion tupper-baby).
J'ai passé une super après-midi, Sapinou a été super cool (comme d'hab en fait), j'ai même pu déguster quelques herbes douces entre 2 tétées, ce qui ne fut pas du luxe !! Ne t'offusque pas : même pas 1% de ce que la maman ingère passe dans son lait, et ce qui n'est pas bon, ce sont les produits chimiques du tabac... y'en avait pas... huhu. Et chez les roots-girls, le principe de précaution a une limite assez basse : on ne s'arrête pas de vivre, tant qu'on reste raisonnable (études scientifiques à l'appui, et avis médicaux aussi).

Et là, je me suis vraiment rendue compte que ce qui fait vraiment la différence entre des personnes qui se connaissent depuis longtemps, ce sont les enfants. C'est comme s'ils étaient le révélateur des choix de vie de leurs parents. Et c'est en voyant ses potes évoluer en tant que parents que l'on se rend compte de nos affinités avec eux, mais aussi de nos propres limites.
Et quand une copine te dit que ton bébé, il est cool et super éveillé, ça fait toujours plaisir !
Les enfants révèlent la vraie personnalité, le vrai tempérament de leurs parents. Inversement, souvent, l'attitude des enfants révèle le vrai tempérament des parents... à bébé pleurnichard, maman stressée et mal dans sa peau, c'est bien connu.

Je pense que je renouvellerai l'expérience, faut que je surveille l'évolution des petites filles, histoire de savoir qui va draguer Sapinou dans au moins 15 ans (comment ça, ils sont plus précoces les jeunes d'aujourd'hui ?) !

Et toi, la maman/la nana qui me lit (le papa/le gars aussi, peut-être, qui sait ?), as-tu ressenti ça les premières fois où tu as vu tes potes avec enfants ?
As-tu flippé au point de ne plus jamais vouloir les revoir en famille (du genre il faut impérativement qu'ils fassent garder les enfants lorsqu'ils viennent chez vous sous peine de déclencher le plan ORSEC après le passage du tsunami vivant) ?
T'es-tu dit "chic, nos enfants vont devenir les meilleurs amis du monde" ?
Ou alors "laissons-le/la en liberté, qu'il/elle en profite, parce qu'à la maison, les limites seront plus strictes" (genre "vas-y, étale bien le chocolat entre les lattes du parquet, à la maison, n'y pense même pas !") ?
Peut-on rester amiEs lorsque des éducations sont différentes ? Peut-on encore partager des choses ?
Comment supporter ces différences ?
Comment vivre l'altérité alors que l'on veut partager ?
Question subsidiaire : suis-je complètement ouf de me poser toutes ces questions ? Est-il temps pour moi de reprendre le boulot, ou fin-janvier, ça ira ?

vendredi 8 octobre 2010

L'abeille coule... de source ?

Mouais.
Répète la première partie du titre très vite, ça détend.
Bon. Ok, on s'amuse comme on peut.

Presque 3 semaines que je fais la morte, et Sapinou qui grandit, qui grossit, qui sourit à qui veut bien le voir, qui évolue à vue d'œil... mais qui ne fait pas encore tout à fait ses nuits, et qui tète encore toutes les 3h... 4 voir 5h lorsqu'il est en voiture (dès que le cosy touche le siège de l'auto, Sapinou se met en mode veille attentive, et ne bronche plus jusqu'à ce qu'il en sorte... c'en est flippant parfois !).
Et surtout, 7 semaines que je galère avec mon allaitement, malgré quelques améliorations au niveau de la douleur...

Car un engorgement chronique, c'est douloureux.
Un porte-bébé ou une écharpe avec Sapinou dedans l'espace de 2h, ou l'appui de la ceinture de sécurité, ou une mauvaise position pendant le sommeil, ou un écart trop important entre 2 tétées, et hop, une lymphangite.
Fièvre, état grippal, courbatures, et nodules de lait douloureux bloqués dans le sein.
Paracétamol, siestes à gogo et position de la louve. J'ai enfin testé... on dirait une girafe en train de boire, le sein pendant au dessus de la bouche de mon fils. Cocasse, mais efficace.
Et puis c'est le débouchage de canal.
Pour le dernier, je jure que cela s'est passé sans trucage. Alors que je vidais le pré-lait histoire de faciliter la tétée de Sapinou (en gros, tu vides le trop plein de soupe lait pour que le sein soit plus souple), tout d'un coup, j'ai senti comme lorsqu'on perce un bubon devant une glace...floootch... et une giclette de lait accompagnée de sa crème épaisse, comme des petits caillots de lait agglomérés. Et puis le flot, continu, sans les mains, est sorti d'un des canaux de mon sein, pendant quelques minutes. MaB peut témoigner, c'était impressionnant, d'autant que le sein, très dur depuis 2 jours, est tout à coup devenu souple. J'ai tout de même fait téter Sapinou dessus dans la foulée, et là, re-belotte, un morceau de crème fraîche qui a bouché les trous du bout de sein en silicone, et un Sapinou inondé par le jet de lait ! Je crois même qu'il lui en est ressorti un peu par le nez (du lait, pas de la crème !)...

Malgré toutes ces péripéties, je ne me résous toujours pas à arrêter.
J'en ai même parlé avec la psy qui nous a suivi pendant ma grossesse : pour elle (et pour moi aussi, c'est moi qui l'ai mise sur la piste), l'allaitement est une manière d'affirmer mon côté féminin de me sentir femme, et ne pas allaiter serait une négation de cette part féminine que j'ai réussi à apprivoiser pendant ma grossesse. Grosse contradiction, mais pas tant que ça finalement.
Oui, c'est un peu compliqué d'être une lesbienne dans sa tête, parfois !

Après mon passage chez le gynéco, j'ai finalement contacté la sage-femme qui nous a fait la préparation à la naissance, qui m'a conseillé vivement d'aller à une réunion de la Leche League (ou de Solidarilait, mais le réseau est encore balbutiant). Lorsqu'une copine de galère d'allaitement m'a proposé une réunion près de chez moi, j'ai sauté sur l'occasion. J'ai été agréablement surprise par la bonne ambiance, et surtout par le non-jugement de valeur de vouloir allaiter son petit 3 mois ou 3 ans (bon, ok, 3 ans, je trouve ça un peu long, mais chacune fait ce qu'elle veut de ses seins, de son couple, de son corps, de son éducation). Cette réunion m'a permis d'obtenir les coordonnées d'une spécialiste en lactation fondatrice du crefam, qui m'a redirigé vers une consœur faute de rendez-vous proche, très proche.

Sapinou sous le bras (je ne me sépare pas de lui plus de 2h de suite après une tétée, car la suivante arrive toujours vite), je suis donc allée à cette consultation, pleine d'espoir. Après 45 min d'entretien, à retracer 7 semaines de galère et à mater mon nibard douloureux sous toutes les coutures, je suis repartie avec :
- un diagnostic d'hyper-lactation confirmé, avec réflexe d'éjection fort ;
- une ordonnance pour un prélèvement de mon lait, car elle suspecte une infection du genre staphylocoque que j'aurai chopé à cause des crevasses du début couplées à la dose d'antibiotiques pour la césarienne, ce qui causerait les engorgements et les douleurs ;
- une ordonnance pour une échographie mammaire, car peut-être qu'une partie des engorgements est due à l'ablation d'un kyste en 2007, et que le chirurgien a joué à Dexter avec mes canaux lactifères ;
- un nouveau rendez-vous pour la semaine prochaine, avec les résultats.
Elle m'a également parlé d'une pilule progestative pour réduire mon hyper-lactation, et de quelques trucs pour réduire mon REF.

Lorsque je suis sortie de son cabinet, j'étais tellement contente de voir qu'enfin quelqu'un allait s'occuper de mes problèmes d'allaitement comme on s'occupe de traiter une angine, j'avais envie de sautiller jusqu'à ma voiture, dans les rues de Paris, Sapinou dans son cosy.
Bon. Je me suis vite détendue vu que maintenant, Sapinou a dépassé les 5,4 kg... plus les 2,6 kg de la coque. Mais à l'intérieur, j'étais euphorique.
En 45 min, cette consultante a effacé toutes mes suspicions de dépression postpartum (oui... je n'allais pas très fort en fait depuis tout ce temps...). C'est la psy qui va être contente !

Au final, j'ai un gynéco qui est passé à côté de l'essentiel, et probablement qu'un petit traitement antibiotique va résoudre l'essentiel de mes douleurs.
C'est fou, non ?
Oui, en ce moment, je trouve que tout est fou... les réflexes archaïques de mon fils, l'incompétence des gens, les mensonges des parturientes, le temps qui passe à toute vitesse... comme une petite fille qui découvre le monde !

samedi 18 septembre 2010

Réflexe archaïque ou le syndrome du petit cheval

Les premières semaines de vie d'un nourrisson peuvent être assez déconcertantes pour les parents.
Surtout avec l'entourage qui y va toujours de son petit conseil ou de sa petite réflexion, rarement à propos, souvent culpabilisante ou source de stress.
Je ne te parle pas de mon allaitement, dont les problèmes sont plus profonds qu'un simple engorgement. J'ai une hypophyse capricieuse, du coup, en plus d'avoir des ovaires dystrophiques, mes seins le sont aussi, dystrophiques.
D'où la différence de taille entre les 2.
D'où l'inflammation des canaux lactifères.
D'où les quelques bugs de ces 4 dernières semaines.
A force de persévérance, je n'ai pas lâché, et ça a l'air de s'arranger avec le temps (enfin... depuis 2-3 jours, je n'ai plus trop mal, et c'est déjà ça !).

Bref.
Je ne vais pas te parler en long et en large de mes problèmes de tétons.
Je ne vais pas non plus me lancer dans un petit pamphlet contre un corps médical uniforme et mercantile : mon gynéco, lorsque je l'ai consulté m'a répondu "si vous avez mal, il faut arrêter" (même pas "on va chercher ce qui cause vos douleurs", non... "si tu as mal aux jambes, arrête de marcher"..., rien que ça !), puis, voyant que je n'allais pas suivre son conseil, m'a prescrit des cataplasmes d'un produit anti-inflammatoire qui n'est plus à la vente depuis quelques années. 70 € dans mon cul ma face, pour ressortir avec une ordonnance de fer et une écho qui dit que mon utérus a retrouvé sa taille normale. Je ne me lancerai donc pas tout de suite dans la prospection pour du lait en poudre 1er âge, ni d'épaississant contre les coliques, ni tout le matos et les consultations médicales.

Non.
Je vais te parler de trucs vachement plus réjouissants, parce que bon, ça va bien 5 min tout ça.
Je te disais donc qu'un nourrisson, parfois, c'est marrant !
Si, si, et pas seulement lorsqu'il dort.
Et le plus marrant dans tout ça, c'est de voir qu'il reste avant tout un petit mammifère.

Tu lui caresses la joue lorsqu'il dort, et hop, il tourne la tête et cherche à téter... on ne sait jamais, qu'il y ait un bout de nibard qui passe par là. Ça marche aussi avec les nibards des autres... il se rend vite compte qu'il n'y a que sa mère qui pourra le satisfaire de ce côté là, mais il cherche à téter quand même.

Tu lui appuies sur la plante des pieds, et hop, ses petits orteils se referment... au cas où une branche trainerait autour de la table à langer. Pareil pour les mains, ce qui peut parfois immobiliser lorsque bébé s'est endormi avec un doigt dans sa petite main, et qu'il se cramponne.

Tu le tiens sous les aisselles à la verticale, il se met à marcher. Bon, il va juste falloir qu'il muscle un peu son jeu pour jouer en équipe de France de foot, mais il y a de l'idée !

Tu le fais téter à sa faim, il s'endort, repu et apaisé. Et 1h après (60 minutes, rarement une de plus ou de moins), voilà qu'il a zappé qu'il venait de se taper la cloche et qu'il souhaite remettre le couvert céans. Au début, je me suis fait avoir dans les grandes largeurs... ce qui fait que j'avais l'impression de ne faire qu'allaiter (5 minutes de changement de couche, 30 minutes de tétée, 10-15 minutes en position semi-verticale histoire d'éviter l'évacuation du trop plein sur le body propre... fais le calcul sur 1h). Maintenant, on gère la fougère, comme dirait Zeste. Grave !

Tu lui changes sa couche, il est satisfait d'avoir enfin les fesses propres (et pas encombrées par la demi-tonne de merde qu'il déverse quotidiennement dans ses langes)(c'est fou comment un si petit bonhomme peut produire autant de caca !). Ses jambes sont souples, et relativement immobiles.
Au moment même où tu places la petite couche sous ses fesses et tente de la refermer, bébé gonfle son ventre et tend ses jambes, raides comme la justice.
J'appelle ça le syndrome du petit cheval. Comme ces vieilles carnes de canassons qui gonflent leur abdomen dès que tu t'approches avec la selle. Il faut les avoir par surprise. Surtout la tête dans le pâté à 1h du matin. Puis à 4h. Puis à 7h...
Et puis, une fois que tu as tant bien que mal réussi à fermer cette p*!?& de couche, que tu as évité l'arrosage intempestif sur ton t-shirt propre, il faut le rhabiller. Deux écoles s'opposent : celle des pressions dans le dos, où tu dois balloter ton môme pour le rhabiller, mais où les mouvements de pédalos sont moins gênants, et celle des pressions à l'entrejambe, où là, certes l'enfant reste sur le dos, mais est libre de faire du petit vélo à volonté. Lorsque tu arrives à refermer les 72 boutons (je te jure que de nuit, les yeux collés, dans une semi-pénombre et sans lunettes, tout semble énorme !), tu passes au niveau supérieur.

C'est fou quand même, non ?
Ce qui est surprenant, aussi, c'est qu'un nourrisson sait exactement combien il lui faut de litres lait pour bien grandir, et sait quand s'arrêter... pas de risque d'obésité chez le bébé allaité puisqu'il a appris à développer son sentiment de satiété au sein de sa mère.
Le meilleur dans tout ça, c'est de me rendre compte qu'en fait, il a une totale confiance en moi : lorsqu'il dort sur mon ventre, calé entre mes seins, il pourrait se passer n'importe quoi qu'il ne bougerait pas.
Ça doit être l'instinct...

samedi 11 septembre 2010

70 ans et 23 jours

23 jours que Sapinou est arrivé, et déjà, il dépassé les 4 kg (chaque semaine, des paris sont lancés pour le verdict de la pesée à la PMI)(et je dois dire que je suis plutôt bonne au jeu du filet garni), et ne rentre quasiment plus dans aucun pyjama en 1 mois (surtout ses pieds, en fait). La semaine prochaine on change de taille de couche...

Bon, et depuis 23 jours, on dirait qu'il ne s'est passé qu'une seule grande, longue, et interminable journée sans fin... le jour, la nuit, tout ça nous semble complètement surfait ! J'avais déjà une capacité impressionnante à pouvoir m'endormir un peu n'importe où, n'importe quand lorsque j'avais besoin de repos : je suis maintenant au top ! La micro-sieste est devenue une de mes spécialités, avec ou sans crapaud sur le ventre.

Oui, parce que Sapinou (tout comme sa maman, aveu fait par ma mère il y a quelques jours...) ne supporte pas de rester seul... la pilule de la transition entre le ventre de maman et la solitude du berceau/transat/landau est assez dure à vivre. Du coup, il réclame les bras après un micro-assoupissement de 15-20 min, et même si tout le monde nous dit de le laisser gueuler un peu, au-delà de 10 min, on craque... Dans les bras de MaB qui fait la cuisine, sur le ventre de maman qui fait le ménage ou remplit des papiers.
Il parait que j'ai accepté la coupure du cordon autour de mes 2 mois... il ne reste plus qu'un mois à MaB pour entretenir sa tendinite à l'épaule.
Et moi d'apprendre à mieux patiner sur la parquet de l'appart en sifflotant le beau Danube bleu (j'te jure que c'est efficace... il s'endort en 2 secondes 30).
Parce que Sapinou est un mélobaby mélomane, il apprécie la musique, mais seulement la bonne. Il ne s'agirait pas de lui refiler du Lorie ou du Larusso... il lui faut du jazz, des cuivres, du rythme, du style. Sydney Bechet (par hasard, Petite Fleur passait sur le PC, il s'est arrêté net de chouiner pour écouter...), Louis Armstrong et Dizzie Gillespy. J'ai testé le Boléro de Ravel ce matin, et il a eu l'air d'apprécier pendant sa tétée. Cet enfant est tout simplement fasciné par les instruments à vent... du sifflement au trombone, en passant par la trompette, la clarinette et le saxo. D'ici qu'il nous tanne dans 4-5 ans pour faire du cornet à pistons (tout, sauf de la flute à bec, même alto... je ne pourrai pas), il n'y a qu'un pas !

Sinon, avec MaB, nous avons 70 ans à nous 2 aujourd'hui. On fait un gouter d'anniversaire cet après-midi... parce que le soir, c'est mort... à 21h, j'ai les yeux qui se croisent, et après avoir englouti mon assiette, je ne pense qu'à une seule chose : dormir d'ici la prochaine tétée.
31 ans. Ma trente-et-unième année s'engageait plutôt mal, et puis elle a pris une tournure tout à fait radicale lorsque j'ai appris que Sapinou s'accrochait bien...
Je suis allée voir un psy, même si c'était avec MaB, ça m'a permis de mettre pas mal de choses à plat par rapport à ma maternité.
J'ai appris à demander et accepter de l'aide, chose que je ne m'autorisais pas vraiment jusqu'à maintenant. Et en ce moment, j'avoue que cela m'est fort utile !
J'ai arrêté de fumer... même si je ne fumais que 3-4 clopes par jour, mes 9 mois de grossesse ont eu raison de cette mauvaise habitude. Bon, je ne dis pas qu'une petite clopinette après un bon repas et un café ne passera pas par moi, ou en soirée avec un mojito ou un ti punch (enfin, après l'allaitement, hein !).
Et puis surtout, je ne bois plus de coca ni ne mange de nutella... avec les restrictions de sucre pendant ces 9 derniers mois, je trouve que c'est beaucoup trop sucré... je crois que c'est ça qui m'a le plus filé un coup de vieux !

Je ne te parle pas de MaB qui est dans tous ses états avec l'approche fatidique de la quarantaine !

Ah, tiens, un crapaud commence à couiner dans son berceau !
Il a tenu 45 min tout seul : il y a du progrès !

samedi 4 septembre 2010

Laitière, mode on

S'il y a bien un truc auquel je ne m'attendais pas, c'est de galérer autant pour allaiter Sapinou.

Oui, parce que là aussi, les mères sont des grosses mythos.

Ça a commencé à la maternité, où me faire pomper du colostrum toutes les 45 min-1h pendant 5-10 min par un nourrisson qui n'arrivait pas à mettre mon bout de sein en bouche correctement, m'ont causé des crevasses énormes et extrêmement douloureuses.
Les puéricultrices m'ont bien conseillé une crème magique à base de Lanoline, avec une meilleure position pour soulager les mamelons... mais ça me faisait toujours un peu mal à chaque tétée. Même parfois, j'ai du serrer les dents pour ne pas gueuler de douleur.
Je me suis accrochée, à coups de paracétamol, d'autant que Sapinou grossissait à vue d'œil et était en très bonne forme.
Et puis il y a eu la fameuse montée de lait, autour du 3è jour... déjà que la grossesse avait fait de mes seins un véritable objet de fantasme des atouts avantageux, là, ils ont encore pris une taille de bonnet (ne me demande pas laquelle, j'ai décidé qu'après F, je ne comptais plus...). Surtout, ils étaient extrêmement tendus et douloureux...
Pour me soulager, j'avais décider de rester un peu les seins à l'air sous le t-shirt... histoire que les crevasses cicatrisent un peu, et que le soutien-gorge ne me serre pas trop. Ouais, ben tu diras ce que tu voudras, qu'il fallait que je m'y attende, tout ça, et bien au bout d'un quart d'heure, mon t-shirt était trempé, et le Sapinou ronflait comme un bien-heureux dans son berceau en plexiglas à côté.
Lorsque j'ai demandé de l'aide, en expliquant que j'avais un sein très douloureux, rouge et dur, à la limite de l'engorgement, et que je n'arrivais pas bien à faire téter Sapinou, on m'a répondu que tout était normal, et que ça se régulariserait naturellement d'ici quelques jours.

Après 4 jours à la maternité, ils m'ont foutu dehors, vu que je maîtrisais totalement les soins (bain, yeux, nez, cordon, couche) et les pleurs de mon bébé (qui ne pleurait pas, d'ailleurs), que les 14 agrafes de ma césarienne étaient toutes enlevées, sans aucune complication, et surtout qu'il y avait une liste d'attente de femmes sur le point d'accoucher longue comme le bras en cette fin de mois d'août (c'est fou... plutôt que d'aller au ciné ou au resto, les gens ont fait des bébés fin novembre... ou alors, c'est un coup du beaujo... les rayons de couches en taille 1 sont en rupture !).
De retour à la maison, je me suis retrouvée seule face à mes montées de lait... Je ne savais pas quoi faire avec mes seins douloureux... J'ai fait quelques conneries, du genre tirer mon lait à chaque montée, histoire de me soulager, en donnant un biberon à Sapinou (ce qui n'a pas eu l'air de le perturber plus que ça)(même MaB a pu donner son premier bib, elle n'en était pas peu fière !). Soulagement sur le moment, parce qu'après ça a été pire... j'ai cru qu'on me faisait une mastectomie à vif. J'ai aussi investi dans des protège-mamelons en silicone, parce que ça n'était plus possible d'avoir les tétons en sang.

A la PMI, pour la visite des 8 jours, avec toise et pesée pour Sapinou, on m'a félicité de l'allaiter exclusivement au sein, et ça lui profitait bien étant donné qu'il avait pris 400g en 4 jours depuis la sortie de la maternité.
Sauf que lorsque j'ai dit que c'était grave galère d'allaiter, que ça faisait mal, et que j'avais une production laitière bien trop abondante pour un seul bébé, on m'a répondu que c'était normal, et qu'il ne fallait pas que je me plaigne parce que d'autres mamans n'avaient pas de lait du tout.
En gros, tu allaites ton petit, c'est super, c'est normal... du "tu enfanteras dans la douleur", on était passé à "tu allaiteras dans la souffrance". Il fallait que je tienne bon, pour le bien-être de mon fils.

Je suis donc rentrée à la maison, fière d'avoir un fils en bonne santé, beau comme tout, j'ai ravalé ma petite larmichette de douleur, et j'ai serré les dents à chaque tétée (autour de 8 par jour... d'une durée moyenne de 45 min... à peu près toutes les 3 h).

Mais ça ne s'est pas arrangé... toujours ce sein extrêmement douloureux, lourd, énorme, rouge, rempli, bouché... et rien sur internet... pas de trucs de grand-mère pour soulager les seins douloureux, à part des compresses d'eau chaude et des positions d'allaitement dignes du Kama Sutra (j'te jure, pour la position de la louve, le bébé est sur le dos et la maman lui donne la tétée à 4 pattes au-dessus de lui... bon... faut pas avoir peur du ridicule).
J'ai donc continué à serrer les dents, ravalant des sanglots de douleur à chaque tétée, et complètement désemparée face à tout ça. Car à qui demander de l'aide ?
A la ligue du lait ? Sur leur site, le silicone est pire que tout, donc je me serai fait jeter par une conseillère...
A mon gynéco ? A part gérer la douleur, et éventuellement un problème mécanique interne (du genre un canal lactifère bouché, ou une carence hormonale qui empêcherait les montées de lait de se faire correctement), ça n'est sûrement pas lui qui aurait pu me dire d'allaiter comme ceci ou comme cela...
A la sage-femme qui nous a fait la préparation à la naissance ? Elle fait partie de la bande de la ligue du lait, donc si c'était pour me faire dire que je devais me détendre pour réduire mon seuil de vulnérabilité à la douleur, c'était trop tard, j'avais déjà atteint un point de non-retour...
Restait donc la PMI. Mais il fallait attendre la visite des 15 jours.

Je me suis donc rendue à cette visite de contrôle, Sapinou sous le bras et MaB dans son landau (ou l'inverse, je suis un peu à la rue en ce moment). Depuis sa naissance, il a pris quasi 1 kg... en plus d'être une laitière, je fournis du lait de qualité.
Et là, j'ai vraiment insisté pour avoir de l'aide, parce que j'avais très mal, et que j'étais au bord de l'arrêt de l'allaitement malgré les bienfaits sur mon fils.
Une puéricultrice a regardé mon sein sous toutes les coutures, et m'a donné 2-3 conseils. Surtout, elle m'a expliqué la marche à suivre pour réguler mes montées de lait : pas de tire-lait entre 2 tétées, même si c'est douloureux... éventuellement procéder à une extraction manuelle si nécessaire, et me reposer. Quelques compresses d'eau chaude imbibées d'alcool pour aider à désengorger. C'est pas super-super comme conseils, mais au moins, elle a eu le mérite de m'écouter (elle s'est penchée sur mon cas de plus près lorsque j'ai fondu en larmes lorsqu'elle m'a dit que les protège-mamelons en silicone, c'était mal parce que ça modifiait la succion des bébés... et que je lui ai répondu que si je n'avais pas ça, j'arrêtais d'allaiter), et de me réconforter.

Depuis, je suis tout ça à la lettre, et ça à l'air de s'arranger. Surtout que je teste de nouvelles positions : depuis 2 jours, après la berceuse, j'en suis au ballon de rugby. Je crois que je vais toutes les tester... ça donnera à mon allaitement un côté un peu ludique !

J'espère réussir à allaiter Sapinou exclusivement au moins jusqu'en décembre... après, je reprendrai le boulot... je verrai si je me tape la galère de tirer mon lait pour lui filer en journée, ou si je ne maintient que 2 tétées par jour (matin et soir).

Mais la question que je me pose, c'est comment se fait-il qu'on valorise autant l'allaitement maternel (du genre "vous l'allaitez exclusivement au sein ? Mais c'est génial ! C'est ce qu'il y a de mieux pour votre enfant !"), alors qu'il y a aussi peu d'aide et de soutien à cet allaitement (du genre "l'allaitement, c'est naturel, toutes les femmes devraient y arriver") ?
Comment se fait-il que les mamans qui n'allaitent pas au sein soient montrées du doigt à la maternité du genre mauvaise mère qui ne veut pas le meilleur pour son enfant, même si on respecte leur choix ?

A côté de ça, je me suis rendue compte qu'en fait, une grande majorité de nanas n'allaitent pas du tout, même pas le colostrum, et filait le biberon de lait infantile direct à la naissance... Et ce sont ces femmes qui sont le plus encadrées : elles ont les doses des biberons à donner, et la fréquence des tétées est calées sur un rythme régulier... rien pour les allaitantes au sein : on ne sait pas ce que l'enfant boit, à la demande, et le seul moyen de contrôle reste la pesée.

Sans porter de jugement pour ce choix (surtout après avoir douillé comme j'ai douillé pour allaiter 15 jours), je suis curieuse de savoir pourquoi toutes ces femmes décident de ne pas allaiter au sein...
Alors que moi qui ait eu tant de mal à assumer ma maternité, j'ai opté pour l'allaitement au sein... alors que je n'éprouve aucun plaisir à le faire, à part peut-être de voir mon fils téter avec vigueur et de s'endormir, repu et apaisé, à la limite de l'ivresse, plein de contentement (j'te promets, à la fin de la tétée, il rejette sa tête en arrière, les yeux mi-clos, comme s'il était bourré !)... et pour rien au monde je n'arrêterai (sauf cas de force majeure... je suis une bretonne, ne l'oublie pas)(la bretonne est dure au mal).

Et toi, la lectrice-maman (ou future maman), quel a été/sera ton choix ?
Quels ont été tes arguments pour ou contre l'allaitement au sein, au biberon ?
Si tu as choisi le sein, as-tu douillé comme ça aussi ?
Ton choix a-t-il été guidé par un souci d'esthétique ? De couple (je dis ça, parce qu'en ce moment, il est HORS DE QUESTION que MaB ne m'effleure ne serait-ce qu'un bout de peau de sein... déjà les petites mains de Sapinou c'est limite)(avec des petits ongles acérés qu'on ne peut pas encore couper...) ? De praticité ?

Après l'audit sur la puériculture, j'en appelle à tes lumières sur l'allaitement, parce que j'ai l'impression que je me suis fait des films, et que j'avais des images d'Épinal de femme allaitante épanouie.

jeudi 2 septembre 2010

Le petit chat est mort

Oui... ça n'était pas la dépression post-partum qui rongeait notre con de chat.

Après une semaine sans bouffer une seule croquette ni bouchée qu'il adore, MaB l'a emmené chez le véto, pour avoir le fin mot de l'histoire sur cette possible forme d'anorexie.
Analyses sanguines, auscultation... il s'agirait d'un problème hépatique. MaB repart donc le porte-monnaie allégé de 120 € et une prescription de comprimés à faire prendre 2 fois par jour à un chat qui vomit sa vie.
Ben je peux te dire que filer des cachetons à un chat qui refuse catégoriquement de les prendre, ça n'est pas chose facile... à cela tu rajoutes un bébé qui hurle de faim (ou d'énervement, ça dépend des jours), et une fatigue extrême due à des réveils/tétées toutes les 3h, ça donne une Kanou au bord de la crise... voir même en larmes.
Avec l'aide de MaB, je me suis reprise, et j'ai opté pour les comprimés pillés dilués dans de l'eau, à donner à la pipette... au moins, il est obligé de déglutir un minimum, même s'il salivait comme un ouf pour être sûr de ne rien prendre... anti-vomitif et nutricaments, avec une pâtée spécialement enrichie.
Au bout de 3 jours, nous n'avons vu aucune amélioration...
Même, une dégradation de sa situation... plus de toilette, planque dans le placard ou les chiottes (je te jure... il squattait les chiottes...), toujours pas de bouffe, et puis surtout, plus de ronron, l'air hagard, complètement éteint.
Pire : l'odeur... un mélange entre la merde et la bile... lorsque je passais à hauteur du placard, j'en avais la nausée, et ce malgré le seau de javel à portée pour nettoyer au fur et à mesure dégueulis et traces de pneus. On a bien tenté de le toiletter un peu au gant, mais vu qu'il se planquait, ça n'était pas chose facile.

Lorsque MaB a été obligée de le porter pour qu'il aille boire ou dans son bac à litière, on s'est dit que là, vraiment, si en plus il était incontinent, ça n'allait pas le faire.
Hier matin, après une longe réflexion, nous avions pris la décision de le faire euthanasier, parce que maintenir en vie un chat qui n'est plus capable de rester propre, ça n'est pas respecter sa dignité d'être vivant.

C'est donc le cœur gros que j'ai laissé partir MaB avec son matou sous le bras chez le vétérinaire.
Face à la détermination de MaB d'euthanasier son chat, le véto a bien essayer de trouver une autre solution, mais les symptômes décrits ont eu raison de son côté commercial : une échographie a confirmé la présence d'une tumeur au foie grosse comme une balle de ping-pong.
Le chaton trainait ce crabe depuis plusieurs mois, voir plusieurs années... mais il ne nous a jamais montré qu'il souffrait. Même, nos câlins et nos soins lui ont permis de mener une fin de vie idyllique. Surtout pendant mon hépatite, où il était contre moi toute la journée.

Voilà.
C'était le chat de MaB.
Lorsque je l'ai rencontré, il avait déjà 7 ans, mais il m'a adopté, et réciproquement. Nous nous sommes trouvés, comme MaB et moi. Ce chat m'adorait, il m'attendait devant la porte de la chambre, lorsque je faisais une grasse matinée. Il me suivait partout, de la salle de bain aux chiottes, du salon à la cuisine. Tout le temps sur mes genoux, ou contre moi.
Et moi, je suis triste, parce que c'est une page de la vie de ma femme qui se tourne, et que même si elle a pris la bonne décision, cela a été très dur pour elle de se séparer de son fidèle compagnon, qui l'a accompagné dans toutes ses galères d'avant moi.
Il n'aura même pas eu le temps d'être jaloux de Sapinou... MaB lui avait fait renifler un body ramené de la maternité, il avait ronronné. De ses dernières forces (et lorsqu'il était un peu propre encore), il était monté sur le lit pendant une tétée et était venu voir de plus près, intrigué mais pas agressif, par ce petit d'homme posé sur mon ventre.

RIP con de chat Petrus (1997-2010)

dimanche 29 août 2010

La face caché d'un accouchement annoncé

Parce que MaB vous a déjà tout dit, et que si je me mets à relire son message, j'ai une montée de lait, il est temps que je vous raconte ma version des faits, le côté obscur de cet accouchement haut en couleur.


Mardi 18 août, n'ayant toujours aucun signe annonciateur d'un probable accouchement, j'avais rendez-vous à la maternité pour un examen de contrôle, dit "d'exploration", à J+1 post-terme.
Très optimiste sur un retour à la maison dans la journée, nous avons donc pris la voiture pour m'éviter les goujats des transports en commun (je me souviens d'une dame d'un certain âge qui m'a dit que j'exagérais parce que je n'arrivais pas à passer derrière elle dans le bus, et qu'elle refusait de se bouger du couloir du bus...), valise dans le coffre tout de même.
Après 1h d'attente, la faim au ventre (essaye d'imaginer l'état de mon estomac à 12h après un petit-déj pris sur les coups de 8h30... catastrophique), la sage-femme vient enfin faire sa petite exploration : le col est court mais toujours fermé. Si toutes mes constantes sont bonnes, la sage-femme vérifie celles du bébé : Sapinou va bien, mais il est mur, tout comme le placenta, et la quantité de liquide amniotique est limite pour attendre plus.

Du coup, pim-pam-poum, elle m'annonce comme ça que je suis hospitalisée, et que mon accouchement va être déclenché, là, tout de suite, maintenant. Il est 12h20.

A 12h50, le monitoring est posé pour voir si Sapinou supporte le peu de contractions que j'ai.
Une heure et un plateau repas plus tard, un 2è touché vaginal pas très glam me pose un petit tampon chargé d'hormones (prostaglandine, pour les fans de culture scientifique) sensées déclencher des contractions plus fortes sensées ouvrir le col. Le produit peut être efficace en 2h comme en 24. Il y a comme qui dirait une petite marge...
Sur les 3h de monitoring, il y a bien eu des traces de petites contractions toutes mignonnettes, tellement mignonettes que je me suis fait une petite sieste... c'est dire leur intensité. Pendant ce temps, MaB en a profité pour faire un A/R à la maison, histoire de se remettre de ses émotions et de me rapporter de quoi m'occuper pendant le travail.
Puis j'ai eu le droit de rejoindre mes appartements ma chambre individuelle, toujours sans aucun signe d'efficacité du produit.
A partir de là, c'est monitoring toutes les 6h, jusqu'à ce que...

Jusqu'à ce que des contractions ultra-violentes déboulent aux alentours de minuit... de plus en plus rapprochées, et de plus en plus balèzes. Tellement balèzes que j'ai du retourner faire un monitoring, pour voir qu'en fait le col n'était ouvert qu'à 1 cm après 1h de contractions toutes les 2 min (imagine pour arriver à 10 cm...), et qu'à chaque contraction, non seulement j'étais prise de spasmes (j'ai bien tenté toutes les techniques de l'haptonomie, mais à un moment, walouh, que dalle-peau de balle, j'ai cru mourir pendant ces 2h), mais surtout le petit cœur de Sapinou ralentissait dangereusement.

Là, re-belotte, pim-pam-poum, à 2h du mat', l'obstétricienne m'annonce qu'on va devoir me faire une césarienne de toute urgence... qu'elle va appeler MaB (qui était rentrée à la maison en attendant que le travail commence, rassurée par l'équipe "c'est une premier accouchement, ça va prendre du temps... pas d'ici demain matin..."), mais qu'elle ne va pas attendre qu'elle soit là pour commencer.

Le pire des scénarii.

Je te passe les détails de la préparation... rasage glam (oui, la maternité rend très "glam"... à cela, tu rajoutes la culotte jetable en résille et les bas de contentions couleur chair post-opératoires, la touche est parfaite !!), sonde urinaire, crise d'angoisse, rachi-anesthésie, et enfin, plus de douleurs, mais des sensations.
Le son, pas l'image.
L'équipe super cool, qui blague même sur l'épaisseur de ma ceinture abdominale...
- Rhooo purée, y'en a encore une couche...
- ...
- Vous faites du sport madame ?
- Oui, du handball depuis presque 20 ans, mais pas depuis ma grossesse...
- Superbes abdos ! On va devoir vous appuyer un peu sur le haut du ventre pour passer cette barrière.
J'ai cru qu'ils allaient me péter une côte tellement ils ont appuyé de bon cœur !
J'aurais voulu leur demander une attestation pour mon entraîneur, histoire qu'il me fasse moins douiller à ma reprise, mais j'étais trop chamboulée, à l'écoute du moindre son qui pourrait sortir de mon ventre.

Sapinou est né à 3h07, 49 cm pour 2,980 kg, le 19 août.
Il a crié tout de suite.
La sage-femme me l'a posé en peau à peau quelques minutes, le temps de récupérer le placenta. J'ai pu lui faire des petits bisous, et verser les quelques larmes qui me restaient (en plus de trembler comme une feuille pendant toute l'intervention, mes larmes n'ont pas arrêté de couler... le stress, l'émotion, l'angoisse, l'inconnu, la peur).
Et forcément, il est magnifique (quoiqu'un peu bleu au départ, vu qu'en plus, il s'était à moitié emmêlé dans son cordon).

MaB est arrivée pour le voir sortir de la salle de naissance, petit paquet tout emmitouflé, et a pu le prendre tout de suite dans ses bras, lui, ce petit bébé tout calme, si apaisé.
J'ai arrêté de pleurer lorsque la sage-femme m'a dit "votre femme est arrivée, elle vous attend avec votre fils".

Agraffée, shootée à l'oxygène, me voici en salle de réveil, pour voir MaB, ma femme, tenir notre fils dans ses bras la larmichette à l'oeil, encore toute intimidée par cette rencontre.
Elle m'a collé mon fils sur le torse qui a su trouver tout seul comme un grand sa source de vie, et qu'il n'a plus lâché depuis, mon sein.

Voilà, si tout s'est bien passé malgré l'urgence, pour la préparation à l'accouchement avec l'haptonomie (si, tu sais, le coup de la force est en moi, sans péridurale, à l'ancienne, tout ça), c'est un peu raté.
Je ne regrette pas un accouchement par voie basse... encore une contradiction dans mon approche de la maternité en tant que lesbienne...
En revanche, tout ces contacts à 3 que nous avons eu pendant la grossesse prennent tout leur sens depuis 10 jours : Sapinou est un bébé super calme, super éveillé et super tonique, curieux de tout et très attentif (ça lui arrive même de scotcher sur le Che de Warhol... je te jure, il adore les couleurs !).

Bon.

Il y a quand même une organisation de ouf à mettre en place, surtout dans la gestion de l'allaitement au sein, qui n'est , mais alors pas du tout, une chose facile... et puis le manque de sommeil aussi un peu.

Mais la vie est si belle, surtout lorsque je le regarde dormir repu, calé comme un crapaud, par mon opulente poitrine (tu n'as pas idée... juste, Pamela Anderson est une petite joueuse, et il n'y a pas que la Normandie qui fait de bonnes laitières).