mardi 10 février 2009

Pensons avec notre...

Mercredi dernier, un copain est venu passer la soirée à la maison. Jusque là, rien de très original, j'imagine que c'est le genre de chose qui vous arrive aussi très régulièrement. Sauf que lors de cette soirée, nous avons eu avec lui une conversation qui m'a beaucoup fait réfléchir par la suite. Pas au point qu'une semaine après, j'en sois encore à me triturer les méninges, mais quand même. Le gars en question, un type vraiment très intelligent et très intéressant est hétéro. Vous allez me dire que ça vous est un peu égal et vous n'aurez pas tort, sauf que ça a un rapport avec ce dont je veux vous parler et c'est pour ça que je le précise.

Comme vous le savez (et si vous ne le l'avez pas compris, c'est qu'il y a pas mal de choses qui vous ont échappé), je suis lesbienne. En clair, je n'ai d'attirance sexuelle que pour la gente féminine. Comme vous le savez aussi (et ça, si vous n'êtes pas au courant, vous êtes vraiment bons pour relire ce blog depuis le début !), je suis une lesbienne en couple. Donc, non seulement je ne grimpe aux rideaux que dans des circonstances bien précises citées ci-dessus, mais en plus j'ai jeté mon dévolu sur une de ses dignes représentantes à qui j'accorde toute mon énergie. Je pourrais développer encore un peu plus en disant que je suis une lesbienne en couple, qui vit avec sa compagne, avec qui elle veut faire des bébés, mais là, ce serait vraiment du domaine de l'ultra précis.

Je suis également, ce qu'on appelle dans le jargon dykesque, une "gold". Rien à voir avec le groupe des années 80 qui avait abandonné son capitaine et qui nous emmenait un peu plus près des étoiles. Rien à voir non plus avec la couleur de la médaille autour du cou des joueurs de l'équipe de France de handball. Pas de rapport non plus avec la carte de crédit de Sarkozy. Pour celles et ceux dont le niveau d'anglais ne dépasserait pas celui d'un élève de cours préparatoire qui n'en est qu'à l'initiation (tiens, j'y pense là d'un coup, y a des cours d'anglais en maternelle ?), "gold" se traduit "or". Tout de suite, ça en jette de dire qu'on est une "gold" ! Sauf que ça ne veut pas dire qu'on vaut une fortune, mais qu'on est rare. Les "gold" pour les non-initiés, sont des femmes qui aiment les femmes et n'ont jamais aimé les hommes à part en tant qu'amis, confidents, partenaires de tarot, de blagues, camarades festoyeurs poivrots, copains de galère. En gros, à part coucher avec eux, les "gold" font parfois plus de trucs avec les mecs que celles avec qui ils couchent ! Et croyez bien que, quelque part, pour mes semblables féminines qui elles, aiment la promiscuité d'un corps viril, ça me gène un peu qu'ils ne fassent pas le reste avec elles.

Le gars en question (vous suivez ?), un mec vachement intelligent, je le rappelle, parce que ça a son importance, nous dit alors qu'on parlait de coucheries "moi, je m'en fous de la sexualité des gens". Bon, je vous le fais en résumé, c'était mieux dit que ça et aussi plus compliqué et je serais incapable de le citer dans le texte. Et il rajoute "je ne comprends pas qu'on veuille mettre ça en avant" (sous entendu le fait d'être gay, goudou ou pas). Et là, un éclair transperce mon corps de haut en bas (vu la distance un quart de seconde a suffit) et je me dis "mais, si je veux être tout à fait sincère avec moi-même et pas jouer les faux culs, je suis comme ça, je le mets vachement en avant. Je milite, je revendique, je vais à la Gay pride chaque année, je réclame l'égalité des droits pour tous et soyons sincère, aussi pour moi. Je lis lesbien, j'écris lesbien, je regarde des films lesbiens, des séries avec des lesbiennes. Je suis les blogs et les sites qui me régalent de potins lesbiens (genre Clementine Ford, la fille de Cybill Sheperd qui s'est outée récemment ou Cathy de Buono qui est en couple avec Jill Bennett, le "voici" lesbien quoi). Mes amies femmes sont presque toutes des lesbiennes et les hommes aussi quelque part. J'ai un Kama Sütra lesbien et un gay flag chez moi. Je suis une fan du Ellen de Generes show, ma chanteuse préférée est Melissa Etheridge. Ouf, je n'aime pas le tofu et je ne fais pas de camping vélo !".

Et pourtant, je suis bien d'accord avec lui, parce que dans le fond, je me contrefous de savoir que les gens aient une sexualité ou pas et avec qui ! Vous pouvez bien être hétéros, homos, assexués, du moment que vous vous éclatez et que vous êtes heureux, ça ne m'intéresse pas plus que ça.

Alors pourquoi ce besoin identitaire ? Cette nécessité absolue de me rallier à un groupe, à une communauté ? Pourquoi chercher chez les autres ce que j'ai déjà, après tout, chez moi ? Une semaine plus tard et je n'ai encore trouvé aucune réponse à toutes ces années de militantisme chevronné. Je ne sais toujours pas pourquoi je me sens aussi attirée par mes semblables.

La seule piste à peu près potable que j'ai pu déceler est que peut être, la visibilité dont nous profitons aujourd'hui est largement plus importante que celle qui existait quand j'étais en âge du besoin d'identification. N'ayant pu m'alimenter à ma faim lorsque j'étais adolescente ou jeune femme, je suis surement plus boulimique qu'il ne le faudrait.

Il y a dans les romans lesbiens, incontestablement, des choses qui, au delà de l'aspect communautaire desdits romans, me parlent plus. Il est plus facile pour moi de me sentir proche d'un personnage qui vit parfois ce que j'ai moi-même vécu.

Il y a aussi dans les séries et les films, des clins d'oeil à des bonheurs ou des souffrances qui, même si ce n'est que dans le passé, me parlent.

Il y a dans ces potins qui n'ont pas le moindre intérêt, une façon honnête d'assumer ma curiosité en y donnant une bonne raison.

Pour le reste, disons que ce sont tous des très bons souvenirs ! Tiens, si j'étais jeune, là, je me mettrais un petit lol pour me remercier de ma blague, lamentable...

J'ai réussi à soulever une autre pierre, après mure réflexion.

L'homosexualité est bien plus banalisée aujourd'hui qu'elle ne l'a été par le passé. Etre lesbienne dans les années 80/90, c'était pas vraiment le pied. J'ai enduré pas mal de moqueries, de leçons de pesudo-morale à faire suer le plus vaillant des porcs, j'ai essuyé quelques attaques frontales et bien plus encore d'attaques dorsales.

J'ai fêté le retrait de la liste des maladies mentales de l'OMS en 91, assisté à une Gay Pride où nous n'étions que quelques milliers dans Paris, et où nous nous cachions sous les banderoles pour éviter les canettes de bière, vides, heureusement. J'ai parlé, diffusé, je me suis donnée corps et âme pour que les gens comprennent, enfin, que le sida n'était et n'est pas une maladie de pédés !

Je me suis fait virer par un de mes premiers employeurs soit disant parce que je ne parlais pas l'allemand (sachant que j'avais été embauchée un an plus tôt pour mon anglais et mon espagnol...) et en réalité, je l'ai appris par la suite, parce qu'une des employées a été lui balancer que j'étais homo (ce qu'elle tenait de quelqu'un qui m'aurait vu avec une fille) et que non, on ne peut décemment pas travailler avec des gens qui ont ce vice. Elle a probablement eu peur que j'en veuille à son petit derrière. En plus, elle ne me plaisait même pas, pfff.

J'ai du aussi effacer quelques graffitis aussi poétiques que les dialogues d'un film porno sur ma boîte aux lettres.

En clair, il m'apparaît évident que si on a du endurer pas mal de coups bas, on en devient peut être plus attachée à son identité, plus impliquée dans une forme de revendication, alors que oui, une fois de plus, je suis convaincue qu'il n'y a rien à revendiquer.

Et toi, lesbienne ou hétéro qui lit ces quelques lignes, te sens-tu porte-drapeau ? Ou suffisamment certainE que les choses évoluent et qu'il ne sert plus à rien de se sentir concernée ? Es-tu une addict des représentations de ta communauté ou non ? Enfin, qu'est-ce que t'en penses, toi, de tout ça ?

lundi 2 février 2009

La nuit au musée

Je dois t'avouer que je suis sérieusement en train de me dire que je déconne un peu... manquerait plus que j'me trouve un loft à Montreuil ou un appart mansardé à Bastille, et là, ça serait vraiment le pompom !

Mais je ne vais pas te faire languir plus longtemps...
Après les soldes en province, la cuisine au lait de soja et les lives branchouilles à la Flèche d'Or, nous avons testé pour vous avec MaB la nuit au musée.

Sache tout d'abord qu'il ne s'agit pas de notre idée à nous, mais d'un cadeau, suite à une erreur de manipulation informatique de ma mère.
Revenons donc une quinzaine de jours en arrière, lors d'un dîner chez ma mère.
- Ça vous tente 2 entrées au Grand Palais pour l'Expo Picasso et les maîtres le 2 février à 5h30 ?
- Oh ben oui ! Depuis le temps qu'on voulait y aller... on n'a pas réussi à trouver des places... Trop cooooool ! Je ferai une demande d'autorisation d'absence pour partir un peu plus tôt du boulot, ça devrait être possible !
- Euh... c'est à 5h30...
- ... du matin ???
- Du matin.
- ...



Ça a jeté un froid. Mais bon. On est jeune, on est belle, on est lesbienne ! on est folle, qu'à cela ne tienne, on ira ! Pour la petite histoire, ma mère voulait des places pour le dimanche (hier donc) et s'est plantée en réservant des places pour le lundi...

Donc ce matin, réveil très matinal à la clé, nous voici parties pour le Grand Palais sur les coups de 4h45 du matin, histoire d'arriver en avance et de ne pas attendre une plombe dans le froid sous la neige. Ben oui... parce que c'était plus rigolo, la neige s'est mise à tomber à gros flocons autour de 2-3h du matin et un beau manteau blanc recouvrait les rues de Paris et sa banlieue. J'ai failli prendre les chaines... au cas où. Donc, à 40 à l'heure, nous avons roulé pépère jusqu'aux Champs Elysées, quasi désert à cette heure si matinale.
A notre arrivée, personne... nous sommes entrées, et le temps de secouer la neige de nos manteaux, nous étions dans la première salle (oui... lorsqu'on a vu la queue pour avoir un audio-guide, un regard à suffit pour passer à la visite free-staïle).
Pas de queue, pas d'attente.
Du monde à l'intérieur, mais ça allait.
Nous avons pu profiter pleinement des œuvres. Je ne vais pas te faire une critique d'art, mais c'était intéressant de voir les exercices de style de Picasso. Ce qui était marrant, aussi, c'est de voir la population des visiteurs... des gens qui se font l'expo avant d'aller bosser, des qui sortent de cocktail (j'te jure, j'ai vu des nanas en robe de soirée, du genre princesse-strass-et-paillettes...), des qui se font un after au musée (et là, ça sentait fort le pastis...), des retraités, des gays, des lesbiennes, des vieux, des jeunes... tous un peu dans le brouillard, mais l'ambiance était feutrée pour ce dernier jour d'exposition.

Nous sommes rentrées sans aucune difficulté, toujours à 40 à l'heure, vers les 8h. Le temps de reprendre un petit déj', et nous nous sommes recouchées, épuisées par tant d'émotions !

A mon réveil, je me suis demandée si je n'avais pas fait un rêve...

dimanche 1 février 2009

Ils l'ont fait !

Alors le monde peut s'écrouler, la neige peut tomber demain, les universités peuvent décréter une grève illimitée jusqu'à la chute du gouvernement, Mich' Desj' peut battre le record du Vendée Globe, Nadal peut remporter encore une finale du Grand Chelem, peu importe...

L'équipe de France de Handball
s'offre un troisième titre de championne du monde
face à la Croatie, à Zagreb.

Et je crois que j'y suis un peu pour quelque chose...
Il y a fort longtemps, avec mes copines de hand, on avait décrété que lorsque les Français jouaient des matchs officiels, faire des crêpes leur portait chance. A chaque fois que nous n'avons pas fait de crêpes, ils ont perdu.
CQFD.
J'ai donc fait des crêpes.
J'ai même testé une variante de recette : j'ai remplacé le lait de vache par du lait de soja, et c'est pas mal du tout. Plus léger, plus digeste.

Après une médaille d'or olympique à Pékin, les Experts ont donc remis le couvert, après un match mené de bout en bout, où la stratégie fut le maître mot.
Cette fois-ci, pas d'erreur arbitrage intempestive, presque pas de mauvais gestes de la part des joueurs (quoique, la Croatie n'est qu'à une brassée de l'Italie, et qu'on connait les talents d'acteurs de ses habitants...), pas de passage à vide en début de deuxième mi-temps. Les bleus (qui étaient en blanc) n'ont pas tremblé !

Le handball devient donc le sport collectif français le plus capé... si seulement cela pouvait augmenter la médiatisation de ce sport !







Ah oui... les Français ont remporté cette finale 24 à 19. Un résumé illustré ici ! Pour la vidéo, 'fallait avoir Canal+ ou France 2 !

samedi 31 janvier 2009

Lève-toi et marche !

Tu n'es pas sans savoir que jeudi dernier, c'était jour de contestation... pouvoir d'achat, retraites, salaires, emploi, Ecole, politique du gouvernement.
Les droitistes parleront plus aisément de manifestation fourre-tout, les gauchistes, eux, préfèreront ras-le-bol général. Question de point de vue.
Sauf que là, à Bastille, il y avait bel et bien des syndicats de droite au départ du cortège... des qu'on n'avait pas vu de sortie depuis le coup du SMIC jeune de Balladur, c'est dire ! Mais je ne vais pas me lancer dans une analyse politique vaseuse, au risque de passer pour une propagandiste de bazar.

Avec MaB, on s'est donc pointées tranquillement vers 15h au départ, le début de la manif' partant vers 14h pour rejoindre Opéra, et l'Education Nationale étant en fin de cortège. Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous trouvâmes une place de la Bastille plus blindée qu'un jour de Gay Pride (la scène FG en moins, la diversité pareil). J'ai bien tenté de retrouver certains camarades "irresponsables", en vain. La foule trop compacte, le soleil dans la gueule et les vapeurs de merguez nous ont fait rejoindre le côté obscur de la force : le syndicat majoritaire de l'Education Nationale et ma mère avec ses collègues. Heureusement, à coup de textos et grâce à une parka relativement complètement voyante (jaune citron)(oui, maintenant, ça me fait marrer, mais ado ce côté tape-à-l'oeil me faisait pêter un câble), nous l'avons rapidement repérée. Ma mère, toute fière, a présenté MaB à ses collègues : "MaB, ma belle-fille". J'te dis pas le blanc... c'est prof, ça vote à gauche, ça manifeste, mais 2 lesbiennes qui vivent au grand jour, ça gêne un peu quand même.
16h.
La place est toujours autant blindée. L'arrivée du carré de tête devrait théoriquement permettre d'avancer un peu, sauf que rien. Qu'à cela ne tienne, on s'est bourré la gueule on a bu des bierres au rythme des percus d'un syndicat des arts de la rue... 3 lesbiennes et 1 pétard au mètre carré. Même, on s'est tapé un sacré fou rire. Une nana, en train de tracter activement, me tend un tract, puis à MaB, qui lui répond gentillement qu'elle n'en a pas besoin d'un deuxième, puisqu'on vit ensemble, elle le lira à la maison (ben oui... on va pas se taper tous les tracts de la manif' en 2 exemplaires, ça fait trop de papier à transporter... développement durable, souviens-toi !). La nana, d'un air entendu, nous regarde avec un grand sourire et lance un "supeeer" carrément réjoui. Depuis, on n'arrête pas de se balancer des "supeeeer" dès qu'on parle de lesbian life staïle.

A 17h, le soleil a commencé à descendre, la vessie à se remplir (ça s'est résolu assez rapidement dans les toilettes d'un fast food) et le froid à se faire sentir. On s'est mis à suivre un char de métallos avec un speaker marrant. On a chanté, on a ri, du monde partout, sur le pavé, sur les trottoirs.
A 18h, on passait enfin la place de la République dans la pénombre. Après, la vitesse du cortège s'est largement accélérée, et nous sommes arrivées un peu avant 19h à Opéra. C'est à peu près à cette heure que les CRS ont commencé à vouloir disperser la manifestation, en particulier quelques 150 excités qui voulaient continuer jusqu'à l'Elysée pour se faire entendre. Mais sur les 150, je me demande quelle était la part de flics en civil, vu que tout le cortège en était truffé.
Avec MaB, nous ne sommes pas restées plus longtemps (non pas que ça ne m'aurait pas tentée de lancer 2-3 canettes sur les boucliers de CRS, mais je n'ai plus 15 ans, et MaB non plus), on a pris l'option replis-maison.

Au final, je peux vous dire qu'il y avait un bon paquet de monde dans la rue.
A Paris, 30 000 selon la police, 300 000 selon les syndicats.
Il n'y a pas comme un petit désaccord ?
Au détour d'une lecture, j'ai découvert que les techniques de comptage de la Marée-Chaussée dataient de Napoléon. A cette époque, étaient comptabilisés les manifestants qui battaient le pavé, donc la route (sans les trottoirs). Sauf que les trottoirs n'existaient pas encore. La largeur des boulevards était donc beaucoup plus importante. Aujourd'hui, la police prend en compte la largeur d'un trottoir à l'autre... sauf que les gens, ils marchent aussi sur les côtés, et ce ne sont pas que des badauds. D'où l'écart entre les chiffres.
Je dirais, à vue de nez, que nous étions près de 200 000 (au moins) à manifester. Ça fait quand même du monde, et j'ai envie de dire... et là, tu la sens ?

Bon.

C'est pas encore le matin du grand soir, mais il ne suffirait pas de grand chose pour voir un climat insurrectionnel passer à une révolte qui gronde.
La fourche est prête.
La brioche au lait de soja aussi.
N'est pas bobo qui veut, et pis c'est tout !

mercredi 28 janvier 2009

MaB décolle...

Comme beaucoup de namoureuses et de namoureux, ma chérie d'amour me gratifie régulièrement de délicieux sobriquets. Non, contrairement à ce que vous pourriez imaginer, elle ne m'appelle pas MaB. MaB c'est juste mon pseudo pour le mot d'ordre et les autres blogs que je visite très régulièrement (même si je dois l'avouer, y a un gros laisser-aller au niveau des commentaires, je vous ai à l'oeil les bloggueurs et bloggueuses...).

Ces petits noms qu'elle déniche au fin fond de son cerveau d'intello-maniaco-inventif sont des plus originaux. De sa bouche ne sortent que des néologismes savamment érigés à la gloire de son amour. Jamais pareil sort ne m'a été réservé, habituée que je fus des classiques prétendus indémodables que sont les "mon amour", "ma chérie", "mon coeur"...

Bien qu'habituée à inventer des histoires et à les écrire, je ne suis en la matière que peu créative et m'approprie le plus régulièrement les classiques sus-cités.

Il lui arrive aussi de se laisser aller à une appellation peu originale, à savoir le diminutif le plus répandu de mon prénom, mais comme tout le monde (ou presque) m'appelle ainsi, elle ne l'utilise qu'avec parcimonie.

Le premier "petit-nom-d'amour" (je le nommerai désormais PNDA, pour plus de concision) qu'elle m'a attribué était "ecuodam". Je sais, lu comme ça, vous ne voyez pas trop où se cache la tendresse, d'autant qu'à l'oreille, c'est un peu agressif comme mot. Mais lisez le donc à l'envers pour voir et vous chavirerez face à tant d'élan romantique...

Je l'aimais bien celui-là, c'était un peu le code secret de notre histoire. Un mot qui, à priori, ne veut rien dire du tout et que moi seule comprenait.

Inutile de préciser ce qui m'a valu ce PNDA, je ne m'étendrai pas ici sur les détails de notre vie sexuelle.

Puis, il y a eu "mon amour d'amour". Celui-ci, je le trouve exquis, car c'est ainsi que ma grande timide remplie à ras-bord de pudeur me dévoile ses sentiments. Elle pourrait m'appeler de cette façon des milliers de fois que je le prendrai en plein coeur comme une grande première, inondée de surprise et d'inattendu.

"Mon canard" revient également titiller mon oreille de façon assez régulière.

Ce PNDA est né à cause d'une blague nulle et lourde à souhait de mon cru (comme je les aime...). Je vous explique. Chaque fois que je vois un nombril, je ne peux m'empêcher de lui dire : "t'as vu, elle aussi, elle s'est fait tatouer un canard. Mais ils ne lui ont fait que le trou du cul !" (Mouahahahaha). Je sais, ça ne fait rire que moi... Je paye aujourd'hui très cher mon humour de bas étage. Car non seulement il m'a permis d'hériter de ce PNDA, mais en plus, il n'est pas rare qu'elle mette son doigt dans mon nombril en me suscurant à l'oreille qu'elle vient de sodomiser mon canard... Ca m'apprendra à vouloir faire ma maligne !

Dans la série animalière, il y a eu en son temps des "mon lapin" et le remarquable, le cucul à souhait, "mon petit poussin" !

J'ai eu aussi l'honneur probablement tout à fait unique d'un "ma pisse". Surprenant, déroutant même. Mais rassurez-vous, nous ne sommes pas adeptes d'urologie, sa langue avait juste fourchée ce jour-là. Pour une fois, elle se la jouait classique, mais son "ma puce" verbalisé mélangé à son "ma biche" intellectualisé, ont ripé et se sont retrouvés dans la cuvette...

En ce moment, je suis son "petit bi-moteur".

On pourrait croire que ce PNDA est du à mon énergie débordante lorsqu'il s'agit de pimenter notre vie de couple et de nous offrir une bonne tranche de plaisir. Et bien, non. C'est beaucoup moins romantique, même si le ton sur lequel ce sobriquet m'est donné est d'une douceur absolue. Avez-vous déjà entendu le son mélodieux d'un bi-moteur au décollage ? Et bien, c'est à peu près le bruit que fait mon nez pendant mon sommeil.

Une nuit, elle m'a même appelée de son portable sur le mien pour m'enregistrer... Le lendemain matin, j'ai découvert sur ma messagerie le grognement d'une bête sauvage accompagné de sa jolie voix qui me chuchotait :" il est trois heures du matin et tu ronfles fort, très fort... Mais je t'aime quand même...".

Si elle se lève plus tôt que moi (ce qui arrive assez souvent en semaine), elle peut m'entendre jusqu'à la porte au bout du couloir qui se trouve à environ sept mètres de notre chambre, qui elle est très légèrement entrouverte...

Parfois, lasse de l'inefficacité des bouchons d'oreilles et ne parvenant pas à trouver le sommeil dans pareille cacophonie, elle fuit, son oreiller sous le bras, dans la chambre d'amis. Et c'est dans un grand lit froid que je m'éveille seule, punie, coupable de l'avoir reléguée au matelas de quatre-vingt centimètres de large alors que je me suis étalée en diagonale sur un mètre soixante... J'ai vraiment beaucoup de chance, parce qu'elle est très patiente !

Voilà donc pour les PNDA les plus fréquents, auxquels viennent se greffer des regards, des gestes qui eux se passent bien des mots pour parler d'amour.

Et vous, comment il/elle vous appelle ? Allez, ne soyez pas si timides, on ne le répètera pas, c'est promis !

samedi 17 janvier 2009

Week-end à Rome en Pictavie

Et oui, ne s'embourgeoise pas qui veut !
Avec MaB, on se fait la malle pour le weekend, en embarquant mon frangin dans le coffre, histoire de fêter dignement, avant son retour en Angleterre, ses 20 ans avec notre père. Et puis Noël, la nouvelle année, les rois, tout ça quoi.

Bon... pour la première fois, on se retrouve tous les 3, mon frère, ma sœur (enfin si elle vient... rien n'est encore sûr...) et moi, chez notre père, depuis bien longtemps. Et puis il y aura aussi la sœur de mon père, avec son mari (mon oncle, donc) et un de mes cousins de 18 ans.
Mais lorsque tu penses weekend, tu te dis 2 jours... et tu as raison. Sauf que dans la dimension de mon frangin, weekend, ça signifie samedi soir. C'est ça, les artistes. Chez eux, l'espace-temps est complètement différent.
Ce qui était prévu, c'était départ vendredi soir, retour dimanche en début de soirée.
Déjà, il a négocié comme un malade pour partir le samedi matin plutôt que le vendredi soir... et j'ai cédé, vu qu'il a 20 ans, qu'il repart en Angleterre la semaine prochaine et que sa copine ne vient pas avec lui ce weekend pour cause de partiels.
Et lorsque je l'ai appelé hier soir pour fixer une heure de rendez-vous aux aurores matinale, il m'annonce, comme ça, entre deux phrases, qu'il faut absolument qu'il soit rentré dans l'après-midi sur Paris... répétition, gros concert mardi en Albion, stress.
V'là le weekend... 600 bornes en un peu plus de 24h... et bien sûr, il ne conduit pas, ni MaB d'ailleurs.

Mais ça n'est pas grave. Ma mère, pour montrer à mon père qu'elle nous aime plus que lui, nous prête sa voiture, une 406 break TDI... confort, sécurité, reprise, technologie. Je lui laisse pour 24h ma charmante petite clio toute dégueu, qui n'a plus de gicleur lave-glace à l'avant, et qui s'est fait dérober ses jantes il y a peu. Elle ne va pas jusqu'à nous payer le voyage (faut pas déconner... elle ne va pas partager la prestation compensatoire que mon père lui verse), mais c'est cool de sa part.

Voilà... avec MaB, on se la pète, on va faire les soldes en province !

vendredi 16 janvier 2009

Chômage technique

Mes collègues ASSED et moi, on a frolé le préavis de grève pour la semaine prochaine... mais finalement, ça s'est arrangé sans qu'on ait trop à gueuler. Du coup, on se retrouve, comme les profs et les élèves, avec un week-end de 3 jours : le collège est fermé pour la journée à cause d'une coupure générale d'eau.

Revenons quelques jours en arrière.
Tu n'es pas sans savoir qu'il y eu une petite vague de froid la semaine dernière, avec de la neige et du verglas. Le collège étant construit à flanc de coteau, au pied de ce dernier, il reçoit toutes les eaux de fonte des glaciers des neiges du frêle manteau neigeux par ruissellement et infiltration. Voici une petite illustration pour que tu situes bien le truc (et surtout que tu vois que ça me sert à quelque chose d'avoir été géographe dans une vie antérieure).



Sur le flanc du coteau, la neige n'a donc fondu que depuis mardi, lorsque le flux de sud-ouest a ramené l'air tiède des mers du sud et la flotte avec lui. L'eau s'est donc accumulée dans le sol, la gravité a fait une partie du reste. L'autre partie n'est imputable qu'à l'homme.

Je t'explique :

1) Autour du collège, il y a des barres d'immeuble, tout est bétonné. Donc l'eau, au lieu de s'infiltrer tranquillou-bilou dans les roches sédimentaires du bassin parisien (non, t'inquiète, je ne vais pas te faire une coupe géologique, avec échelle stratigraphique à la clé, des terrains autour de chez moi... il y a du calcaire et du sable grosso-modo), elle ruisselle de plus en plus vite (un peu comme le fameux phénomène dit de la boule de neige) en bas de la pente pour rejoindre le fond de la vallée, et le cours d'eau le plus proche. Forcément, si tu bloques la pente, à un moment, ça coince (un peu comme une baignoire, mais avec un seul bord, et tout en longueur...).

2) Au départ, lorsque le tout-à-l'égout a été inventé, le nombre d'habitants était relativement limité à pouvoir en bénéficier. Et puis, en 30 ans, la quasi-totalité des logements ont été raccordés (de gré ou de force... seuls quelques vieux perdus au fin fond des montagnes vivent encore sans l'eau courante de nos jours). Sauf que, à la DDE et consorts, z'ont pas pensé que les eaux domestiques en plus des eaux pluviales, ça allait peut-être faire un peu beaucoup à traiter par les mêmes tuyaux. Et puis ça allait être une sacrée galère si une canalisation avait un pépin...

Bon. Et bien ce qui devait arriver arriva : la flotte stagnante dans la canalisation a gelé la semaine dernière. Depuis, les eaux usées se sont accumulées, drainant avec elles toutes sortes de déchets domestiques (oui... tu peux le dire, de la merde et de la pisse...). Lorsque la neige a commencé à fondre, avec la pluie en plus, il a bien fallu que ça passe par cette canalisation principale, située sous le collège. Sauf que non, c'était bouché.
Je te laisse imaginer l'odeur nauséabonde qui se dégageait de la plaque d'égout et des chiottes pendant la journée d'hier.
L'eau a donc été coupée toute la journée dans le collège. Mais qui dit eau coupée, dit également robinets à sec et toilettes fermées. 850 élèves, 25 profs, 9 ASSED, 3 CPE, une dizaine de personnels de direction (secrétaires, gestionnaire, comptable, assistante sociale, infirmière...), autant d'agents d'accueil et de service... plus de 900 personnes (sans compter la partie CFA, avec ses apprentis et ses maîtres-ouvriers), sans eau. Avec toutes les épidémies de gastro-grippe-infections urinaires... je ne te dis pas l'angoisse de ne pas pouvoir se laver les mains régulièrement pendant une journée.

Autant te dire que lorsque le problème de tuyau s'est avéré un peu plus coriace à traiter, j'ai vu se profiler une nouvelle journée de boulot sans flotte, avec des gamins qui ne sont déjà pas capable de pisser pendant les récrés, et trouvent toujours le moyen de venir pendant les heures de cours, alors toute une journée... sans cantine qui plus est, ça n'était même pas la peine !

A 15h, les élèves et les professeurs ont été informés que les cours étaient suspendus pour la journée de vendredi, en raison de la coupure d'eau générale. Mais toujours pas d'infos pour la vie scolaire. Toutes les suppositions ont été avancées, tous les arguments tournés et retournés pour contrer une éventuelle journée de travail dans des conditions d'hygiène intolérables. Et puis, vers 17h, toujours sans annonce de la direction, j'ai pris le téléphone et j'ai appelé le syndicat (Sud Éducation Créteil, si tu veux tout savoir de mes orientations syndicales du moment), histoire de connaître nos droits. Il nous a assuré que la principale n'avait pas le droit de nous faire travailler dans ces conditions, et que si c'était le cas, un préavis de grève serait déposé pour toute la semaine, pour protester contre cet abus de pouvoir et ce non-respect des normes d'hygiène et de sécurité en entreprise. Le collègue a appelé dans la foulée le secrétariat de la principale pour l'informer qu'en cas d'obligation de travail, le rectorat serait prévenu.
Bref, la vie scolaire était soulagée, nous serions couverts si nous souhaitions ne pas venir bosser. J'ai bien essayé de convaincre les personnels d'accueil et de service, mais ils n'ont pas souhaité monter au créneau pour demander leur journée eux-aussi.

Un quart d'heure après le coup de fil du syndicat à la Principale, les CPE venaient nous annoncer que les surveillants étaient libérés vendredi, l'annonce arrivant si tard parce qu'il fallait qu'ils se concertent tous pour savoir si le classement avait besoin d'être fait (tu sais, à cause de l'autre Seigneur de la Loose, qui me mange dans la main depuis la rentrée... paraît-il que je lui fais peur... des barres !).
Résultat, les élèves, tellement contents de ne pas avoir cours le lendemain, en ont complètement oublié leurs heures de colle, et se sont volatilisés hors du collège. Les deux petits malins qui n'avaient pas oublié et qui se sont pointés en trainant des godillots, "on" leur a signé leur heure de colle (oui, je sais, c'est très vilain... je préfère les annuler, ça évite aux mômes de te balancer lorsqu'il y a une vérification), histoire qu'ils ne trainent pas dans nos pattes. A 18h, on a fermé la boutique, au lieu de 18h30... ben ouais, on ne va pas rester au collège sans les élèves non plus... pour 3 jours de repos.
Il était moins une avant la révolution interplanétaire !